‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 712 sur 1284 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

sus*

TARTUFFE, ELMIRE, ORGON, sous la table.

TARTUFFE

On m'a dit qu'en ce lieu vous me vouliez parler.

ELMIRE

Oui. L'on a des secrets à vous y révéler.

Mais tirez cette porte avant qu'on vous les dise.

Et regardez partout , de crainte de surprise.

( Tartuffe va fermer la porte, et revient. ) Une affaire pareille à celle de tantôt N'est pas assurément ici ce qu'il nous faut : Jamais il ne s'est vu de surprise de même. Damis m'a fait pour vous une frayeur extrême; Et vous avez bien vu que j'ai fait mes efforts Pour rompre son dessein et calmer ses transports. Mon trouble, il est bien vrai , m'a si fort possédée. Que de le démentir je n'ai point eu l'idée : Mais par là , grâce au ciel , tout a bien mieux été. Et les choses en sont en plus de silreté. 1.,'estime où l'on vous tient a dissipé l'orage , Et mon mari de vous ne peut prendre d'ombrage. Pour mieux braver l'éclat des mauvais jugements , Il veut que nous soyons ensemble à tous moments ; Et c'est par où je puis , sans peur d'être blâmée , Me trouver ici seule avec vous enfermée , Et ce qui m'autorise à vous ouvrir un cœur Un peu trop prompt peut-être à souffrir votre ardeur.

TABTUFFE.

Ce langage à comprendre est assez difDcile, Madame; et tous parliez tantôt d'un autre style.

ELMIRE

Ah! si d'un tel refus vous êtes en courroux, Que le cœur d'une femme est mal connu de vous ! Et que vous savez peu ce qu'il veut faire entendre Lorsque si faiblement on le voit se défendre! Toujours notre pudeur combat, dans ces moments , Ce qu'on peut nous donner de tendres sentiments. Quelque raison qu'on trouve à l'amour qui nousdomp- On trouve à l'avouer toujours un peu de honte, [te. On s'en défend d'abord : mais de l'air qu'on s'y prend On fait connaître assez que notre cœur se rend ; Qu'à nos vœux, par honneur, notre bouche s'oppose, Et que de tels refus promettent toute chose, C'est vous faire , sans doute , un assez libre aveu , Et sur notre pudeur me ménager bien peu. Jlais , puisque la parole enfin en est lâchée , A retenir Damis me serais-je attachée, Aurais-je , je vous prie, avec tant de douceur Écouté tout au long l'offre de votre cœur, Aurais-je pris la chose ainsi qu'on m'a vu faire. Si l'offre de ce cœur n'eût eu de quoi me plaire?

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