‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 751 sur 1284 · AMPHITRYO.N, ACTE II, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

AMPHITRYO.N, ACTE II, SCÈNE VII

Que contre moi votre liaine ramasse

Tous ses traits les plus furieux.

Jlais mon cœur vous demande grâce ; Pour vous la demander je me jette à genoux, Et la demande au nom de la plus vive flamme ,

Du plus tendre amour dont une âme

Puisse jamais brûler pour vous.

Si votre cœur, charmante Alcmèue , 1\U' refuse la grâce où j'ose recourir,

Il faut qu'une atteinte soudaine

M'arrache , en me faisant mourir,

Aux dures rigueurs d'une peine

Que je ne saurais plus souffrir.

Oui , cet état me désespère.

Alcmène, ne présumez pas Qu'aimant, comme je fais, vos célestes appas, Je puisse vivre un jour avec votre colère. Déjà de ces moments la barbare longueur

Fait , sous des atteintes mortelles ,

Succomber tout mon triste cœur ; Et de mille vautours les blessures cruelles N'ont rien de comparable à ma vive douleur. Alcmène , vous n'avez qu'à me le déclarer : S'il n'est point de pardon que je doive espérer, Cette épée aussitôt, par un coup favorable, Va percer à vos yeux le cœur d'un misérable ; Ce cœiu', ce traître cœur trop digne d'expirer. Puisqu'il a pu fâcher un objet adorable : Heureux , en descendant au ténébreux séjour. Si de votre courroux mon trépas vous ramène , Et ne laisse en votre âme, après ce triste jour.

Aucune impression -de haine

Au souvenir de mon amour !

C'est tout ce que j'attends pour faveur souveraine.

ALCMÈNE

Ah ! trop cruel époux !

JUPITEB.

Dites , parlez , Alcmène.

ALCMÎîNE.

Vaut-il encor pour vous conserver des bontés , Et vous voir m'outrager par tant d'indignités ?

JUPITEK.

Quelque ressentiment qu'un outrage nous cause , Tient-il contre un remordsd'un cœur bien enflammé ?

ALCMÈNE

Un creur bien plein de flamme à mille morts s'expose, Plutôt que de vouloir fâcher l'objet aimé.

JUPITER

Plus on aime quelqu'un , moins on trouve de peine...

ALCMÈNE

Non, ne m'en parlez point; vous méritez ma haine.

JUPITER

Vous me haïssez donc ?

ALCMÈNE

J'y fais tout mon effort.

Et j'ai dépit de voir que toute votre offense Ne puisse de mon cœur jusqu'à cette vengeance Faire encore aller le transport.

JUPITEB.

Mais pourquoi cette violence.

Puisque, pour vous venger, je vous offre ma mort ? Prononcez-en l'arrêt , et j'obéis sur l'heure.

ALCMÈNE

Qui ne saurait haïr peut-il vouloir qu'on meure.'

JUPITER

Et moi , je ne puis vivre , à moins que vous quittiez

Cette colère qui m'accable, Et que vous m'accordiez le pardon favorable

Que je vous demande à vos pieds.

( Sosie et Cléanthis se mettent aussi à genoux. )

Résolvez ici l'un des deux.

Ou de punir, ou bien d'absoudre.

ALCMÈNE

Hélas! ce que je puis résoudre Paraît bien plus que je ne veux.

Pour vouloir soutenir le courroux qu'on me donne, Mon cœur a trop su me trahir :

Dire qu'on ne saurait haïr.

N'est-ce pas dire qu'on pardonne?

JUPITER

Ah ! belle Alcmène, il faut que,comblcd'allégresse...

ALCMÈNE

Laissez ; je me veux mal de mon trop de faiblesse.

JUPITER

Va, Sosie, et dépêche-toi.

Voir, dans les doux transportsdontmonâmeest char- Ce que tu trouveras d'ofliciers de l'armée : [niée , Et les invite à dîner avec moi .

{bas, à part. ) Tandis que d'ici je le chasse, Mercure y remplira sa place.

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