L'ÉTOURDI, ACTE V, SCÈNE XIV
Et de tous leurs amants faites des infidèles : 11 n'est guère de cœurs qui puissent échapper Aux traits dont à l'abord vous savez les frapper ; Et mille libertés , à vos chaînes offertes. Semblent vous enrichir chaque jour de nos pertes. Quant à moi , toutefois je ne me plaindrais pas Du pouvoir absolu de vos rares appas , Si , lorsque mes amants sont devenus les vôtres , Un seul m'eût consolé de la perte des autres ; Mais qu'inhumainement vous me les ôtiez tous , C'est un dur procédé dont je nie plains à vous.
CÉLIE
Voilà d'un air galant faire une raillerie ; !\Iais épargnez un peu celle qui vous en prie. Vos yeux, vos propres yeux se connaissent trop bien, Pour pouvoir de ma part redouter jamais rien; Ils sont fort assurés du pouvoir de leurs charmes , Et ne prendront jamais de pareilles alarmes.
HIPPOLYTE
Pourtant en ce discours je n'ai rien avancé Qui dans tous les esprits ne soit déjà passé; Et sans parler du reste , on sait bien que Célic A causé des désirs à Léandre et Lélie.
CÉLIE
Je crois qu'étant tombés dans cet aveuglement , Vous vous consoleriez de leur perte aisément. Et trouveriez pour vous l'amant peu souhaitable Qui d'un si mauvais choix se trouverait capable,
HIPPOLYTE
Au contraire, j'agis d'un air tout différent , Et trouve en vos beautés un mérite si grand ; J'y vois tant de raisons capables de défendre L'inconstance de ceux qui s'en laissent surprendre , Que je ne puis blâmer la nouveauté des feux Dont envers moi Léandre a parjuré ses vreux , Et le vais voir tantôt, sans haine et sans colère, Ramené sous mes lois par le pouvoir d'un père.