‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 788 sur 1284 · LA FLÈCHE, FROSINE · texte numérisé non relu

LA FLÈCHE, FROSINE

LA FLÈCHE, sans voir Frosine.

L'aventure est tout à fait drôle ! 11 faut bien qu'il ait quelque part un ample magasin de liardes ; car nous n'avons rien reconnu au mémoire que nous avons.

FEOSLNE.

Hé ! c'est toi , mon pauvre la Flèche ! D'où vient cette rencontre?

LA FLÈCHE

Ah! ah! c'est toi, Frosine! Que viens-tu faire ici?

FBOSINE.

Ce que je fais partout ailleurs : m'entremettre d'affaires, me rendre serviable aux gens, et profiter, du mieux qu'il m'est possible, des petits talents que je puis avoir. Tu sais que, dans ce monde, il faut vivre d'adresse , et qu'aux personnes comme moi le ciel n'a donnéd'autres rentes que l'intrigue et que l'industrie.

As-tu quelque négoce avec le patron du logis ?

FBOSINE.

Oui. Je traite pour lui quelque petite affaire , dont j'espère une récompense.

LA FLÈCHE

De lui? Ah ! ma foi , tu seras bien fine, si tu en tires quelque chose; et je te donne avis que l'argent céans est fort cher.

FEOSINE.

Il y a de certains services qui touchent merveilleusement.

LA FLÈCHE

Je suis votre valet , et tu ne connais pas encore le seigneur Harpagon. Le seigneur Harpagon est de tous leshiunains l'humain le moins humain, le mortel de tous les mortels le plus dur et le plus serré. Il n'est point de service qui pousse sa reconnaissance jusqu'à lui faire ou>Tir les mains. De la louange, de l'estime, de la bienveillance en paroles, et de l'amitié , tant qu'il vous plaira ; mais de l'argent , point d'affaires. 11 n'est rien de plus sec et de plus aride que ses bonnes grâces et ses caresses ; et donner est un mot pour qui il a tant d'aversion , qu'il ne dit jamais : Je vous donne, mais Je vous pr(te le bonjour.

IfOUÈRF.

FBOSINE.

Mon Dieu ! je sais l'art de traire l'es honunes ; j'ai le secret de m'ou\Tir leur tendresse, de chatouiller leurs cœurs , de trouver les endroits par oîi ils sont sensibles.

Bagatelles ici. Je te défie d'attendrir du côté de l'argent l'homme dont il est question. Il est Turc là-dessus , mais d'une turquerie à désespérer tout le monde ; et l'on pourrait crever, qu'il n'eu branlerait pas. En un mot, il aime l'argent plus que réputation, qu'honneur, et que vertu; et la vue d'un demandeur lui donne des convulsions : c'est le fi-apper par son endroit mortel , c'est lui percer le cœur, c'est lui arracher les entrailles; et si... Mais il revient : je me retire.

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