‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 843 sur 1284 · GEORGE DANDIN, ANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

GEORGE DANDIN, ANGÉLIQUE

GEOBGE DANDIN.

Le voilà qui vient rôder autour de vous.

ANGÉLIQUE

Eh bien ! est-ce ma faute ? Que voulez-vous que j'y fasse?

GEOBGE DANDIN.

Je veux que vous y fassiez ce que fait une femme qui ne veut plaire qu'à son mari. Quoi qu'on en puisse dire, les galants n'obsèdent jamais que quand on le veut bien. Il y a un certain air doucereux qui les attire, ainsi que le miel fait les mouches ; et les honnêtes fenunes ont des manières qui les savent chasser d'abord.

ANGÉLIQUE

IMoi , les chasser! et par quelle raison ? Je ne me scandalise point qu'on me trouve bien faite; et cela

me fait du plaisir.

GEORGE DANDIN, ACTE II, SCÈNE Vl.

GEORGE DANDIN

Oui ! Mais quel personnage voulez-vous que joile un mari pendant cette galanterie?

ANGÉLIQUE

Le personnage d'un honnête homme , qui est bien aise de voir sa femme considérée.

GEORGE DANDIN

Je suis votre valet. Ce n'est pas là mon compte ; et les Dandin ne sont point accoutumés à cette mode-là.

ANGÉLIQUE

Oh! les Dandin s'y accoutumeront s'ils veulent; car, pour moi, je vous déclare que mon dessein n'est pas de renoncer au monde, et de m'enterrer toute vive dans un mari. Comment! parce qu'un homme s'avise de nous épouser, il faut d'abord que toutes choses soient finies pour nous, et que nous rompions tout commerce avec les vivants! C'est une chose merveilleuse que cette tjTannie de messieurs les maris; et je les trouve bons de vouloir qu'on soit morte à tous les divertissements, et qu'on ne vive que pour eux ! Je me moque de cela , et ne veux point mourir si jeune.

GEORGE DANDIN

C'est ainsi que vous satisfaites aux engagements de la foi que vous m'avez donnée publiquement .'

Moi? je ne vous l'ai point donnée de bon cœur, et vous me l'avez arrachée. M'avez-vôus, avant le mariage, demandé mon consentement, et si je voulais bien de vous ? Vous n'avez consulté , pour cela , que mon père et ma mère, ce sont eux, proprement, qui vous ont épousé , et c'est pourquoi vous ferez bien de vous plaindre toujours àeux destorts que l'on pourra vous faire. Pour moi, qui ne vous ai point dit de vous marier avec moi , et que vous avez prise sans consulter mes sentiments, je prétends n'être point obligée à me soumettre en esclave à vos volontés ; et je veux jouir, s'il vous plaît, de quelque nombre de beaux jours quem'offrelajeunesse, prendre les douces libertés que l'âge me permet, voir un peu le beau monde, et goûter le plaisir de m'ouïr dire des douceurs. Préparez-vous-y, pour votre punition; et rendez grâces au ciel de ce que je ne suis pas capable de quelque chose de pis.

GEORGE DANDIN

Oui ! c'est ainsi que vous le prenez ? Je suis votre mari , et je vous dis que je n'entends pas cela.

ANGÉLIQUE

Moi, je suis votre fenune, et je vous dis que je l'entends.

GEORGE DANDIN, à part.

Il me prend des tentations d'accommoder tout son visage à la compote , et le mettre en état de ne plaire

de sa vie aux diseurs de fleurettes. Ah! Allons, George Dandin ; je ne pourrais me retenir, et il vaut mieux quitter la place.

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