‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 931 sur 1284 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ÉRIPHILE, CLÉONICE

CLÉONICE

On trouvera étrange, madame, que vous vou3 soyez ainsi écartée de tout le monde.

ÉRIPHILE

Ah! qu'aux personnes comme nous, qui sommes toujours accablées de tant de gens, un peu de solitude est parfois agréable! et qu'après mille impertinents entretiens , il est doux de s'entretenir avec ses pensées ! Qu'on me laisse ici promener toute seule.

CLÉONICE

Ne voudriez-vous pas, madame, voir un petit essai de la disposition de ces gens admirables qui veulent se donner à vous? Ce sont des personnes qui par leurs pas, leurs gestes et leurs mouvements, expriment aux yeux toutes choses; et on appelle cela pantomime. J'ai tremblé à vous dire ce mot, et il y a des gens dans votre cour qui ne me le pardonneraient pas.

ÉRIPHILE

Vous avez bien la mine, Cléonice, de me venir ici régaler d'un mauvais divertissement; car, grâce au ciel, vous ne manquez pas de vouloir produire indifférenunent tout ce qui se présente a vous; et vous avez une affabilité qui ne rejette rien : aussi est-ce à vous seule qu'on voit avoir recours toutes les muses nécessitantes ; vous êtes la grande protectrice du mérite incommodé; et tout ce qu'il y a de vertueux indigents au monde va débarquer chez vous.

CLÉONICE

Si VOUS n'avez pas envie de les voir, madame, il ne faut que les laisser là.

ÉRIPHILE

^'on , non ; vovons-les : faites-les venir.

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