LE BOURGEOIS GENTILHOMME, ACTE II, SCÈNE IV
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de votre épée vis-à-vis de votre épaule. Le bras pas tout à fait si étendu. La main gauche à la hauteur de l'œil. L'épaule gauche plus carrée. La tête droite. Le regard assuré. Avancez. Le corps ferme. Toucliez-moi l'épée de quarte, et achevez de même. Une, deux. Remettez -vous. Redoublez de pied ferme. Un saut en arrière. Quand vous portez la botte, monsieur, il faut que l'épée parte la première, et que le corps soit bien effacé. Une, deux. Allons, touchez-moi l'épée de tierce, et achevez de même. Avancez. Le corps ferme. A\ancez. Partez de là. Une, deux. Remettez-vous. Redoublez. Un saut en arrière. En garde , monsieur, en garde. ( Le maître d'armes lui pousse deux ou trois bottes , en lui disant : En garde. )
M. JOURDAIN
Hé!
LE MAÎTRE DE ÏIUSIQUE
Vous faites des merveilles.
LE MAÎTRE D'ARMES
.Te vous l'ai déjà dit , tout le secret des armes ne consiste qu'en deux choses, à donner et à ne point recevoir; et, comme je vous fis voir l'autre jour par raison démonstrative, il est impossible que vous receviez si vous savez détourner l'épée de votre ennemi delà ligne de votre corps; ce qui ne dépend seulement que d'un petit mouvement du poignet , ou en dedans , ou en deiiors.
M. JOURDAIN
De cette façon donc, un homme, sans avoir du cœur, est sûr de tuer son homme, et de n'être point tué?
LE MAÎTRE d'ARMES.
Sans doute ; n'en vîtes-vous pas la démonstration ?
Oui.
LE MAÎTRE d'ARMES.
Et c'est en quoi l'on voit de quelle considération , nous autres, nous devons être dans un État ; et combien la science des armes l'emporte hautement sur toutes les autres sciences inutiles, comme la danse, la musique, la...
LE MAÎTRE A DANSER
Tout beau , monsieur le tireur d'armes ! ne parlez de la danse qu'avec respect.
LE MAÎTRE DE MUSIQUE
Apprenez, je vous prie, à mieux traiter l'excellence de la musique.
LE MAÎTRE d'aRMES.
Vous êtes de plaisantes gens, de vouloir comparer vos sciences à la mienne !
LE MAÎTRE DE MUSIQUE
Voyez un peu l'homme d'importance !
LE MAÎTRE A DANSER
Voilà un plaisant animal, avec son plastron!
LE MAITRE D ARMES
Mon petit maître à danser, je vous ferais danser comme il faut. Et vous , mon petit musicien , je vous ferais chanter de la belle manière.
LE MAÎTRE A DANSER
Monsieur le batteur de fer, je vous apprendrai votre métier.
M. JOURDAIN, au maître à danser.
Êtes-vous fou de l'aller quereller, lui qui entend la tierce et la quarte, et qui sait tuer un homme par raison démonstrative ?
LE MAÎTRE A DANSER
Je me moque de sa raison démonstrative, et de sa tierce , et de sa quarte.
M. JOURDAIN, au maître à danser.
Tout doux , vous dis-je!
LE MAÎTRE d'armes , ttu maître à danser. Comment ! petit impertinent !
M. JOURDAIN
Hé ! mon maître d'armes !
LE MAÎTRE A DANSER, ttu maître d'amiBS. Comment ! grand cheval de carrosse !
M. JOURDAIN
Hé! mon maître à danser!
LE MAÎTRE d'ABMES.
Si je me jette sur vous...
M. JOURDAIN, au maître d'armes.
Doucement !
LE MAÎTRE A DANSER
Si je mets sur vous la main...
M. JOURDAIN, au maître à danser.
Tout beau!
LE MAÎTRE d'ARMES.
.le VOUS étrillerai d'un air...
M. JOURDAIN , au maître d'armes.
De grâce !
LE MAÎTRE A DANSER
Je vous rosserai d'une manière...
M. JOURDAIN, au maître à danser.
Je vous prie !
LE MAÎTRE DE MUSIQUE
Laissez-nous un peu lui apprendre à parler. M. JOURDAIN , au maître de musique.
IMon Dieu , arrêtez-vous !