‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 982 sur 1284 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

M. JOURDAIN, UN .MAITRE TAILLEUR, UN GARÇON TAILLEUR, portant r/iabil de M. Jourdain; J]^ LAQUAIS.

M. JOURDAIN

Ah! vous voilà! je m'allais mettre en colère contre vous.

LE MAÎTRE TAILLEUR

Je n'ai pas pu venir plus tôt, et j'ai mis vingt garçons après votre habit.

M. JOURDAIN

Vous m'avez envoyé des bas de soie si étroits, que j'ai eu toutes les peines du monde à les mettre, et il y a déjà deux mailles de rompues.

LE MAÎTRE TAILLEUR

Ils ne s'élargiront que trop.

Oui , si je romps toujours des mailles. Vous m'avez aussi fait faire des souliers qui me blessent furieusement.

LE MAÎTRE TAILLEUR

Point du tout, monsieur.

M. JOURDAIN

Conuiienl! point du tout?

mI

Li; BOURGEOIS UliNïlLlIOMiME, ACTE II, SCÈNE IX.

LK MAÎTKK TAII-I.EUn.

Koli, ils ne vous blessent point.

M. JOiniDAIN.

Je vous dis qu'ils me blessent, moi.

LE MAÎritK TAILLEUR.

Vous vous imaginez cela.

M. JOURDAIN

.le me l'imagine parce que je le sens. Voyez la belle raison!

LE MAÎTRE TAILLEUR

Tenez, voilà le plus bel habit de la cour, et le mieux assorti. C'est un clief-d'œuvre que d'avoir inventé un habit sérieux qui ne filt pas noir; et je le donne en six coups aux tailleurs les plus éclairés.

M. JOUIiDAIN.

Qu'est-ce que c'est que ceci ! vous avez mis les fleurs en en bas.

LE MAÎTRE TAILLEUR

Vous ne m'avez pas dit que vous les vouliez en en liaut.

M. JOURDAIN

Est-ce qu'il faut dire cela?

LE MAÎTRE TAILLEUR

Oui, vraiment. Toutes les personnes de qualité les portent de la sorte.

M. JOUBDAIN.

Les personnes de qualité portent les fleurs en en bas?

LE M.AÎTRE TAILLEUR

Oui , monsieur.

M. JOURDAIN

Oh! voilà qui est donc bien.

LE MAÎTRE TAILLEUR

Si vous voulez, je les mettrai en en haut

M. JOURDAIN

Non , non.

LE MAÎTRE TAILLEUR

Vous n'avez qu'à dire.

Non, vousdis-je; vous avez bien fait. Croyez-vous que l'habit m'aille bien ?

LE MAÎTRE TAILLEUR

Belle demande! Je défie un peintre, avec son pinceau, de vous faire rien de plus juste. J'ai chez moi un garçon , qui pour monter un rhingrave , est le plus grand génie du monde; et un autre qui, pour assembler un pourpoint, est le héros de notre temps.

M. JOURDAIN

La perruque et les plumes sont-elles comme il faut.'

LE MAÎTRE TAILLEUR

Tout est bien.

M. JOURDAIN, regardant le maitre tailleur.

Ah! ah! monsieur le tailleur, voilà de mon étoffe du dernier habit que vous m'avez fait. Je la reconnais bien.

LE MAÎTRE TAILLEUR

C'est que l'étoffe me sembla si belle, que j'en ai voulu lever un habit pour moi.

M. JOURDAIN

Oui-, mais il ne fallait pas le lever avec le mien.

LE MAÎTRE TAILLEUR

Voulez-vous mettre votre habit?

M. JOURDAIN

Oui : donnez-le-moi.

LE MAÎTRE TAILLEUR

Attendez. Cela ne va pas comme cela. J'ai amené des gens pour vous habiller en cadence, et ces sortes d'habits se mettent avec cérémonie. Holà !eDtrez , vous autres.

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