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LE BOURGEOIS GENTILHOMME, ACTE III, SCÈNE VII

MADAME JOURDAIN

Madame Jourdain vous baise les mains.

DORANTE , bas, à M. Jourdain.

Notre belle marquise, comme je vous ai mandé par mon billet, viendra tantôt ici pour le ballet et le repas ; et je l'ai fait consentir enfin au cadeau que vous lui voulez donner '.

M. JOURDAIN

Tirons-nous un peu plus loin , pour cau.se.

DORANTE

Il y a huit jours que je ne vous ai vu, et je ne vous ai point mandé de nouvelles du diamant que vous me mîtes entre les mains pour lui en faire présent de votre part ; mais c'est que j'ai eu toutes les peines du monde à vaincre son scrupule; et ce n'est que d'aujourd'hui qu'elle s'est résolue à l'accepter.

M. JOURDAIN

Comment l'a-t-elle trouvé?

DORANTE

Merveilleux ; et je me trompe fort , ou la beauté de ce diamant fera pour vous sur son esprit un effet admirable.

M. JOURDAIN

Plût au ciel!

SIADAME JOURDAIN, à NiCOle.

Quand il est une fois avec lui , il ne peut le quitter.

Je lui ai fait valoir comme il faut la richesse de ce présent , et la grandeur de votre amour.

M. JOURDAIN

Ce sont , monsieur, des bontés qui m'accablent ; et je suis dans une confusion la plus grande du monde , de voir une personne de votre qualité s'abaisser pour moi h ce que vous faites.

DORANTE

Vous moquez-vous ? est-ce qu'entre amis on s'arrête à ces sortes de scrupules ? et ne feriez-vous pas pour moi la même chose, si l'occasion s'en offrait?

M. JOURDAIN

Oh ! assurément , et de très-grand cœur !

MADAME JOURDAIN, à NiCOlc

Que sa présence me pèse .sur les épaules!

DORANTE

Pour moi, je ne regarde rien quand il faut servir un ami ; et lorsque vous me fîtes confidence de l'ardeur que vous aviez prise pour cette marquise agréable chez qui j'avais commerce , vous vîtes que d'abord je m'offris de moi-même à servir votre amour.

' Donner un cndeau signiliait autrefois donner une fHe, donner un repas. Ce mot conserva assez longtemps celte signification, puisque Benserade, dans sa traduction d'Ovide, publiée six ans après le Bourgeois gentilhomme , montre Picns insensible aux cadeaux que la magicienne Circé ne cessait de lui donner. { Voyez la Guerre civile snr la lanqne française , pag. 281.)

Il est vTai. Ce sont des bontés qui me confondent.

MADAME JOURDAIN, à N'iCole.

Est-ce qu'il ne s'en ira point?

NICOLE

Us se trouvent bien ensemble.

DORANTE

Vous avez pris le bon biais pour toucher son cœur. Les femmes aiment surtout les dépenses qu'on fait pour elles ; et vos fréquentes sérénades , et vos bouquets continuels, ce superbe feu d'artifice qu'elle trouva sur l'eau , le diamant qu'elle a reçu de votre part, et le cadeau que vous lui préparez, tout cela lui parle bien mieux en faveur de votre amour que toutes les paroles que vous auriez pu lui dire vous-même.

M. JOURDAIN

Il n'y a point de dépenses que je ne fisse , si par là je pouvais trouver le chemin de son cœur. Une femme de qualité a pour moi des charmes ravissants; et c'est un honneur que j'achèterais au prix de toutes choses.

MADAME JOURDAIN, bas , à IMcole.

Que peuvent-ils tant dire ensemble? va-t'en un peu tout doucement prêter l'oreille.

DORANTE

Ce sera tantôt que vous jouirez à votre aise du plaisir de sa vue ; et vos yeux auront tout le temps de se satisfaire.

M. JOURDAIN

Pour être en pleine liberté, j'ai fait en sorte que ma femme ira dîner chez ma sœur , où elle passera toute l'après-dînée.

Vous avez fait prudemment , et votre femme aurait pu nous embarrasser. J'ai donné pour vous l'ordre qu'il faut au cuisinier, et à toutes les choses qui sont nécessaires pour le ballet. Il est de mon invention, et pourvu que l'exécution puisse répondre à l'idée, je suis sur qu'il sera trouvé... M. JOURDAIN, s'apercevant que Nicole écoute, et lui donnant un soufflet.

Ouais! vous êtes bien impertinente! {à Dorante.) Sortons, s'il vous plaît.

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