ACTE III, SCENE II
MONSIEUR DE PODRCEADCNAC.
Ce n’est pas tant la peur de la mort qui me fait fuir que de ce qu’il est fâcheux à un gentilhomme d’être pendu, et qu’une preuve comme celle-là feroit tort à nos tilres de noblesse.
SBRIGANI
Vous avez raison ; on vous contesteroit après cela le titre d’écuyer. Au reste, étudiez-vous, quand je vous mènerai par la main, à bien marcher comme une femme, et à prendre le langage et toutes les manières d’une personne de qualité.
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
Laissez-moi faire. J’ai vu les personnes du bel air. Tout ce qu’il y a, c’est que j’ai un peu de barbe.
Votre barbe n’est rien ; il y a des femmes qui en ont autant que vous. Çà , voyons un peu comme vous ferez. (Apres que monsieur de Pourccaugnac a contrefait la femme de condition.) Bon.
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
Allons donc, mon carrosse! Où est-ce qu’est mon carrosse? Mon Dieu ! qu’on est misérable d’avoir des gens comme cela ! Est-ce qu’on me fera attendre toute la journée sur le pavé , et qu’on ne me fera point venir mon carrosse?
■ SBRIGANI
Fort bien.
MONSIEUR DE POURCEAUGN.AC
Holà! ho! cocher, petit laquais! Ah! petit fripon, que de coups de fouet je vous ferai donner tantôt! Petit laquais! petit laquais! Où est-ce donc qu’est ce petit laquais? Ce petit laquais ne se trouvera-t-il point ? Ne me fera-t-on point venir ce petit laquais? Est-ce que je n’ai point un petit laquais dans le monde?
SBRIGANI
Vodà qui va à merveille; mais je remarque une chose • .cette coiffe est un peu trop déliée : j’en vais quérir une un
plus épaisse, pour vous mieux cacher le visage, en cas de quelque rencontre.
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
Que deviendrai-je cependant?
MONSIEUR DE POURCEAUG NAC.
AUendez-inoi là. Je suis à vous dans un moment; vous n’avez qu’à vous promener.
(Monsieur de Pourceaiignac fait plusieurs tours sur le Ihdàlic, en coolinuanl à conlrcfaire la femme de qualité.)