‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 14 sur 593 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

ÉLISE

Nous marchandons , mon frère et moi , à qui parlera le premier; et nous avons tous deux quelque chose à vous dire.

HARPAGON

Et moi j’ai quelque chose aussi à vous dire à tous deux.

CLÉANTE

C’est de mariage, mon père, que nous desirons vous parler.

HARPAGON

Et c’est de mariage aussi que je veux vous entretenir.

ÉLISE

Ah ! mon père !

HARPAGON

Pourquoi ce cri? Est-ce le mot, ma fille , ou la chose qui vous fait peur?

CLÉANTE

I.e mariage peut nous faire peur à tous deux, de' la façon que vous pouvez l’entendre ; et nous craignons que nos sentiments ne soient pas d’aecord avec votre choix.

Un peu de patience ; ne vous alarmez point. ,Ie sais ce qu’il faut à tous deux , et vous n’aurez , ni l’un ni l’autre , aucun lieu de vous plaindre de (out ce que je prétends faire; et, pour commencer par un bout, (àcipanto) avez-vous vu, dites-moi, une jeune personne appelée Mariane, qui ne lopè pas loin d’ici ?

Oui, mon père.

CLÉANTE

Et vous ?

HARPAGON

J’en ai ouï parler.

ÉLISE

HARPAGON

Comment, mon fils, trouvez-vous eelte fille?

CLÉANTE

Une fort charmante pei'sonne.

harpagon.

Sa physionomie?

CLÉANTE

tout honnête et pleine d’esprit.

harpagon.

Son air et sa manière?

L’AVARE

CLÉANTE

Admirables, sans doute.

HARPAGON

Ne croyez-vous pas qu’une fille comme cela mériteroil assez que l’on songeât à elle?

CLÉANTE

Oui, mon père.

HARPAGON

Que ce seroit un parti souhaitable ?

CLÉANTE

Très souhaitable.

HARPAGON

Qu’elle a toute la mine de faire un bon ménage?

CLÉANTE

Sans doute.

HARPAGON

Et qu’un mari auroit satisfaction avec elle?

CLÉANTE

Assurément.

HARPAGON

11 y a une petite difficulté : c’est que j’ai peur qu’il n’y ait pas avec elle tout le bien qu’on pourvoit prétendre.

Ab ! mon père , le bien n’est pas considérable , lorsqu’il est question d’épouser une honnête personne.

HARPAGON

Pardonnez-moi, pardonnez-moi. Mais ce qu’il y a à dire, c’est que, si l’on n’y trouve pas tout le bien qu’on souhaite, on peut tâcher de regagner cela sur autre chose.

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