‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 142 sur 593 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Le roi, qrii ne veut que des choses extraordinaires dans tout ce qu’il entreprend, s’est proposé de donner là sa cour un divertissement qui fût composé de tous ceux que le théâtre peut fournir; et, poim embrasser cette vaste idée, et enchaîner ensemble tant de choses diverses, Sa Majesté a choisi pour sujet deux princes rivaux, qui, dans le champêtre séjour de la vallée de Tempé , où l’on doit célébrer la fête des jeux pythiens, régalent à l’envi une jeune princesse et sa mère de toutes les galanteries dont ils se peuvent aviser,.

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Comme on le voit dans l’avant-propos de Molière, le sujet de cette piece fut indiqué par Louis XIV lui-même. Composés exclusivement pour la cour, les Amants magnifiques ne furent joués qii a la cour et ne pouvaient, suivant 1a remarque de, Voltaire réussir que là p.ir le mérite du divertissement et par celui de l'à-propos. Molière, qui ne s’abusait pas sur la portée de cet ouyuge, ne le fit pas même représenter sur sou théâtre et il fut imprime pour la première fois après sa mort dans l'édition de Viiiot et Lagrange. En 1688, les comédiens français essayèrent de e tirer de 1 oubli où il était tombé; mais après neuf représentntions tres-peu suivies, ils le retirèrent de la scène. Dancourt en 1704, essaya de nouveau, à l’aide de changements dans les intermedes, de remettre au théâtre les Amants maanifigues; mais cette tentative échoua, comme celle de 1688. ^ ^

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Deux caractères particuliers se font remarquer dans cette pièce : celui du Fou, qui ne ressemble en rien au Jiloron de la Princesse d’Élide, et qui n’est en réalité, suivant lu juste observation de Voltaire, qu’un bomme adroit qui, ayant la liberté de tout dire, s’en sert avec habileté et tinesse, et celui de l’Astrologue. Molière, en faisant intervenir ce dernier personnage, a voulu se moquer d’une croyance fort accréditée de son temps, l’astrologie judiciaire, qui fut également attaquée par La Fontaine et Fénélon.

Si l’on en croit quelques commentateurs, Molière, dans le rôle d’Ériphüe, aurait fait allusion à Mademoiselle, petite-fille de Henri IV, et à sa passion pour Lauzun. Suivant Petitot, « un an avant la représentation des Amants magnifiques, Louis XIV avait ordonné à cette princesse de renoncer à l’espoir d’épouser son amant; et, deux mois après, elle eut la douleur de le voir enfermer à Pignerol. Louis XIV donna le sujet de cette pièce à Molière, les mémoires du temps s’accordent à l’attester; mais lui prescrivit-il de faire cette allusion ? rien n’est plus douteux. 11 est naturel de croire que le roi dit à l’auteur de faire une comédie où deux princes se disputeraient en magnificence pour éblouir et charmer une princesse ; et que îilolière, afin de donner de l’intérêt à un sujet si simple et si peu susceptible de fournir cinq actes, y joignit cet amour, dont la peinture dut singulièrement réussir en présence d’une cour qui savait toute cette intrigue. Il n y eut que Mademoiselle qui dut souffrir. »

La sagacité de Petitot nous semble ici complètement en défaut. Si grande qu’ait été la hardiesse de Molière, peut-on supposer qu’il eût osé mettre en scène, en présence de toute la cour, une princesse du sang royal? Gomment supposer que le roi l'eût souffert? On peut donc ù ■priori, en se plaçant au point de vue des simples convenances, regarder l’assertion de Petitot comme très-hasardéc. En se plaçant au point de vue des faits, on reconnaît qu’elle est complètement fausse. M. Taschereau, dans le passage suivant, ne laisse aucun doute à cet égard : « Le caractère bien connu de Molière serait une réfutation suffisante de l’étrange assertion renfermée dans les lignes que nous venons de rapporter; car il n’est personne, nous l'espérons, qui, après avoir lu le Misanthrope et le Tartufe, n’y ait reconnu, en même temps qu’un génie supérieur, un honinie de bien, un coeur généreux. Mériterait-il donc ces deux titres. Fauteur qui, abusant de la protection d’un monarque, irait, eu la mettant en scène aux yeux de toute la cour, aux yeux de la France entière, insulter à la douleur d’une princesse malheureuse ? Mais il est une réponse plus positive à faire à cette supposition offensante pour Molière : Elle n'est fondée que sur un anachronisme. Petitot dit qu’un an avant la représentation des Amants ma-

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gnifique?, Louis XIY avait ordonné à Mademoiselle de renoncer à l'espoir d’épouser son amant. Ce ne fut que le jeudi 18 décembre 1670 que cette défense fut faite par le roi à la princesse, ainsi que le constatent les annules contemporaines, et notamment la lettre très-détaillée de madame de Sévigné du 19 décembre 1670. Or, les Amants magnifiques avaient été représentés , comme nous l’avons dit, dès le 7 septembre 1670, c’est-à-dire plus de trois mois avant que l’on connût ses chagrins et même sa passion, et non un an après, comme il est dit dans le morceau précité. 11 était donc impossible que, quelque malignes qu’eussent été les intentions de Molière, il eût fait allusion à cette intrigue. »

Pour compléter l’historique de la pièce qui nous occupe, nous ajouterons, d’après le commentaire de Bret, que M. Gaillard, dans son Éloge de Cornetlle, a remarqué le premier, que Molière semble avoir imité, dans les Amants magnifiques, la comédie héroïque de Bon Sanche. En effet, Sostrate est, comme don Sanche, un héros amoureux, malgré la bassesse apparente de sa fortune, d’une princesse qui rougit également et de l’amour qu’elle inspire et de celui qu’elle éprouve pour uu inconnu. Enfin, comme don Sanche, Sostrate a deux princes pour rivaux ; et c’est à lui à nommer celui de ces deux rivaux qu’il croit le plus digne de la princesse. C’est à ces seuls traits que se borne la ressemblance des deux ouvrages.

M. Bazin définit justement les Amants magnifiques un pot pourri de comédie, de pastorale, de pantomime, de machines et de ballets, et il donne, sur la composition de ces sortes d’ouvrages, des détails que nous croyons devoir reproduire ici, parce qu’ils intéressent à la fois l’histoire de l’art théâtral et l’histoire particulière du théâtre de notre auteur. « Molière, dit M. Bazin, en composant les Amants viagnifiques, accepta la charge d’une besogne qui semblait appartenir à Benserade, et sur laquelle nous voyons qu’on se méprend toujours. L’occasion nous convie à l’expliquer. Les ballets de cour se composaient d’entrées, de vers et de récits. Les entrées étaient muettes; on voyait s’avancer sur le théâtre des personnages dont le poète avait disposé les caractères, les costumes et les mouvements, en leur donnant à figurer par la danse une espèce d’action. Le programme on livre flistribué aux spectateurs les mettait au fait de ce qu’étaient les danseurs et de ce qu’ils voulaient exprimer. De. tout temps on y avait joint quelques madrigarn à la louange des personnes qui devaient paraître dans les di\ers rôles, et c’était là ce qu’on appelait les vers, qui ne se débitaient pas sur la scène, qui n’entraient pas dans l’action, qu’on lisait, ou des yeux ou à voix basse, dans l’assemblée, sans que les figurants y eussent part smon pour en avoir fourni la matière. Les récits, enfin, étaient des tirades débitées ou des couplets ehautés par des person-

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nages qui ne dansaient pas^ le plus souvent des comédiens, et se rapportaient au sujet de chaque entrée. Benserade, en dessinant les entrées et en rimant les récits, à peu près comme on faisait avant lui, s’était avisé de donner un tour vraiment nouveau à ses vers. Il y mêlait, avec esprit toujours, souvent avec hardiesse, des traits communs à la personne et au personnage, des rapprochements tantôt flatteurs, tantôt piquants entre le danseur nommé au programme et le rôle qu'il devait remplir. Ce n’était pas là sans doute une œuvre de grand mérite ; mais on doit reconnaître qu’il y excellait, et cela depuis vingt ans, variant avec un singulier bonheur des plaisanteries ou des douceurs dont le texte changeait rarement. Pour juger de ce qu’il savait faire en ce genre, il suflirait de voir comhien de fois il réussit à vanter les solides mérites du marquis de Soyecourt, ou à excuser la laideur du marquis de Genlis. Le dernier ouvrage de cette espèce qu’eût alors écrit Benserade était le Ballet royal de Flore, dansé par le roi au mois de février 1GG9, et, dans un rondeau adressé aux dames, il avait annoncé qu’il renonçait à ce métier. Molière eut ordre de l’y remplacer; de sorte que, dans le divertissement royal de 1670, sauf le sujet qui venait du roi, tout ce qu’on voyait, tout ce qu’on entendait, tout ce qu’on lisait était de sa façon. 11 parait certain que, comme tous ceux qui ont abdiqué, Benserade se montra jaloux de son successeur, et fit, avant la représentation, quelque moquerie de deux méchants vers destinés à être chantés dans la pastorale. Molière s’en vengea en parodiant, dans les vers faits pour le roi, la manière dont son prédécesseur tournait la louange ; mais il n’essaya pas de Limiter dans l’épigramme. Les courtisans, comme à l’ordinaire, rirent beaucoup en voyant contrefaire ce qu’ils avaient coutume d’applaudir, et Benserade se trouva joue sur son propre terrain. »

PERSONNAGES DE LA COMÉDIE

AIUSTIONE, princesse, mère li'Éripliile ÉRIPH1I.E, fille delà princesse*.

IPHU'.RATE, prince, nmanl d’F.ripliile*.

TIMOCLÈS, prince, amant d'Eripliilc*.

SOSTRATR, general d’armee, amant d’Éripliile. CLÉOMCE, confidente d’Éripliile *.

AXAXARQUE, astrologue*.

CLÉON, fds d’Anaxarqne.

CHORÈ8E, de la suite d’Aristione. •

CLITIDAS, plaisant de cour, de la suite d'Rripliile *.

UNE FAUSSE VÉNUS, d'intelligence avec Anaxarqne.

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