ACTE III, SCÈNE I
TIMOCLÈS
Je suis de nicmc avis, et le ciel ne sauroit rien faire où je ne souscrive sans répugnance.
lÎRIPHIIÆ.
Mais , seigneur Anaxai’que , voyez^-vous si clair dans les destinées, que vous ne vous trompiez jamais? et ces prospérités et cette gloire que vous dites que le ciel nous promet, qui en sera caution, je vous prii;?
AIIISTIONE.
Ma fille, vous avez' une petite incrédulité qui ne vous quitte point.
ANAXAUQüE.
Les épreuves, madame, que tout le monde a vues de l’infaillibilité de mes prédictions sont les cautions suffisantes des promesses que je puis faire. Mais enfin , quand je vous aurai fait voir ce que le ciel vous marque , vous vous réglerez là-dessus à votre fantaisie ; et ce sera à vous à prendre la fortune de l’un ou de l’autre choix.
ÉRIPiriLE.
Le ciel , Anaxarque , me marq'uera les deux fortünes qui m’attendent?
ANAXARQEE.
Oui , madame : les félicités qui vous suivront , si vous épousez l’un; et les disgrâces qui vous accompagneront, si vous épousez l’autre.
ÉRIPHILE
Mais comme il est impossible que je les épouse tous deux, il faut donc qu’on trouve écrit dans le ciel non-seulement ce qui doit arriver, mais aussi ce qui ne doit pas arriver.
f.LlTlDAS, à part.
Noilà mon astrologue embarrassé.
ANAXARQUE
Il faudroit vous faire, madame, une longue discussion des principes de l’astrologie , pour vous faire comprendre cela.
CLITIDAS.
Bien répondu. Madame, je ne dis point de mal de l’astro* logie : l’astrologie est une belle chose, et le seigneur Anaxarque est un grand homme.
H’iiicrate.
La vérité de l’astrologie est une chose incontestable , et il
204 LES AMANTS MAGNIFIQUES
n’y a personne qui puisse disputer contre la certitude de ses prédictions.
curiDAS.
Assurément.
TIJIOCLÈS.
Je suis assez incrédule pour quantité de choses; mais pour ce qui, est de l’astrologie , il n’y a rien de plus sûr et de plus constant que le succès des horoscopes qu’elle tire.
CLITIDAS.
Ce sont des choses les plus claires du monde.
IPHICUATE. -
Cent aventures prédites arrivent tous les jours , qui convainquent les plus opiniâtres.
CLITIUAS.
11 est vrai.
TIMOCPÈS.
Peut-on contester, sur cette matière, les incidents célèbres dont les histoires nous fout foi?
CLITIDAS.
Il faut n’avoir pas le sens commun. Le moyen de contester ce qui est moulé?
ARISTIONE.
Sostrate n’en dit mot. Quel est son sentiment là-dessus?
SOSTRATE
Madame, tous les esprits ne sont pas nés avec les quaütés qu’il faut pour la délicatesse de ces belles sciences , qu’on nomme curieuses ; et il y en a de si matériels , qu’ils ne peuvent aucunement comprendre ce que d’autres conçoivent le plus facilement du monde. 11 n’est rien de plus agréable, madame , (jue toutes les grandes promesses de res connoissances sublimes. Transformer tout en or; faire vivre éternellement; guérir par des paroles; sc laire aimer de qui l’on veut; savoir tous les secrets de l’avenir; faire de^’endre eomme on veut du ciel, sur des luélaux, des impressions de bonheur ; commander aux démons ; sc faire des armées invisibles, et des soldats invulnérables; tout cela est charmant, sans doulc; et il y a des gens qui n ont aucune peine à en comprendre la possibilité , cela leur est le plus aisé du monde à concevoir. Mais, pour moi, je vous avoue que mon esprit grossier a (luelquc peine à le comprendre et a le cioirc; et j’ai toujours trouvé cela trop beau pour etre ve-