‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 227 sur 593 · ACTE III, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IX

COVIELLE

Pour sa taille, elle n’est pas grande.

CLÉONTE

Non ; mais elle est aisée et bien prise.

COVIELLE

Elle affecte une nonchalance dans son parler et dans ses actions...

CLÉONTE

Il est vrai ; mais elle a grâce à tout cela ; et ses manières sont engageantes, ont je ne sais quel charme à s’insinuer dans les cœurs.

COVIELLE

Pour de l’esprit...

CLÉONTE

Ah! elle en a, Covielle, du plus fin, du plus délicat.

COVIELLE

Sa conversation...

CLÉONTE

Sa conversation est charmante.

COVIELLE

Elle est toujours sérieuse.

Veux-tu de ces enjouements épanouis , de ces joies toujours ouvertes? et vois-tu rien de plus impertinent que les femmes qui rient à tout propos ?

COVIELLE

Mais, enfin, elle est capricieuse autant que personne du monde.

CLÉONTE

Oui, elle est capricieuse, j’en demeure d’accord; mais tout sied bien aux belles, on souffre tout des belles.

COVIELLE

Puisque cela va comme cela , je vois bien que vous avez envie de l’aimer toujours.

CLÉONTE

Moi? j’aimerois mieux mourir; et je vais la haïr autant que je l’ai aimée.

COVIELLE

Le moyen, si vous la ti’ouvez si parfaite?

CLÉONTE

C est en quoi ma vengeance sera plus éclatante , en quoi

LE BOUBGEOIS GENTILHOMME.

je veux faire mieux voir la force de mon cœur à la haïr, à la quitter, toute belle, toute pleine d’attraits, tout aimable que je la trouve. La voici.

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