ACTE III, SCÈNE XVIII
DORIMÈNE
Mais vous ne dites pas que je m’engage insensiblement chaque jour, à recevoir de trop grands témoignages de votre passion. J’ai beau me défendre des choses, vous fatiguez ma résistance , et vous avez une civile opiniâtreté qui me fait venir doucement à tout ce qu’il vous plaît. Les visites fréquentes ont commencé, les déclarations sont venues ensuite, qui, après elles, ont traîné les sérénades et les cadeaux, que les présents ont suivis. Je me suis opposée à tout cela; mais vous ne voiis rebutez point , . et , pied à pied , vous gagnez mes résolutions. Pour moi, je ne puis plus répondre de rien, et je crois qu’à la fin vous me ferez venir au mariage, dont je me suis tant éloignée.
DORANTE
Ma foi , madame , vous y devriez déjà être : vous êtes veuve, et ne dépendez que de vous; je suis maître de moi, et je vous aime plus que ma vie : à quoi tient-il que dès aujourd’hui vous ne -fassiez tout mon bonheur?
DORIMÈNE
Mon Dieu! Dorante, il faut des deux parts bien des qualités pour vivre heureusement eusemble; et tes deux plus raisonnables personnes du monde on,t souvent peine à composer une union dont iis soient satisfaits.
DORANTE
Vous vous moquez, madame, de vous y figurer tant de difficultés; et l’expérience que vous avez faite ne conclut rien pour tous les autres.
DORIMÈNE
Enfin j’en reviens toujours là; les dépenses que je vous vois faire pour moi m’inquiètent par deux raisons : l’une, qu’elles m’engagent plus que je ne voudrois; et l’autre, que je suis sûre, sans vous déplaire, que vous ne les faites point ijue vous ne vous incommodiez; et je ne veux point cela.
DORANTE
Ah! madame, ce sont des bagatelles; et ce n’est pas par là...
DORIMÈNE
Je sais ce que je dis; et, entre autres, le diamant que VOUS m’avez forcée à prendre est d’un prix...
DORANTE
Ile! madame, de grâce, ne faites point tant valoir une
LE BOURGEOIS GENTILHOMME
chose que mon amour trouve iodigne de vous; et souffrez... Voici le maître du logis.