ACTE IV, SCÈNE II
Les biens, le savoir et la gloire,
N’ôlent point lés soucis, fâcheux;
Et ce n’est qu’à bien boire Que l’on peut être hdureux.
TOÜS TROIS ENSEMBLE..
Sus, sus; du vin partout : versez, garçon, versez.
Versez, versez toujours, tant qu’on vous dise. Assez.
DORIMÈNE
Je ne crois pas qu’on puisse mieux chanter; et cela est tout à fait beau.
MONSIEUR JOURDAIN
Je vois encore ici , madame, quelque chose de plus beau. DORIMÈNE.
Ouais ! monsieur Jourdain est galant plus que je ne pensois.
Comment , madame I pour qui prenez-vous monsieur Jourdain?
MONSIEUR JOURDAIN
Je voudrois bien qu’elle me prît pour ce que je dirois DORIMÈNE.
Encore ?
DORANTE , à Dorimène.
Vous ne le connoissez pas.
MONSIEUR JOURDAIN
Elle me connoîtra quand il lui plaira.
DORIMÈNE
Oh ! je le quitte.
DORANTE
Il est homme qui a toujours la riposte en main. Mais vous ne voyez pas que monsieur Jourdain, madame, man^e tous les morceaux que vous louchez. "
DORIMÈNE
Monsieur Jourdain est un homme qui me ravit monsieur JOURDAIN.
Si je pouvois ravir votre cœur, je scrois...
SCÈNE IL — MADAME JOURDAIN, MONSIEUR lOtlRnAiiv «OimiKSli, DOIlAWIi. MU^CIEnI LAQUAIS
1 1 , ... madame JOURDAIN.
1 • a .je trouve ici bonne compagnie , et je vois bien
LE BOURGEOIS GENTILHOMME
qu’on ne m’y altendoit pas. C’est donc pour celte belle affaire-ci , monsieur mon mari , que vous avez eu tant d’empressement à m’envoyer dîner chez ma sœur? Je viens de voir un théâtre là-bas, et je vois ici un banquet à faire noces. Voilà comme vous dépensez votre bien ; et c’est ainsi que vous festinez les dames en mon absence, et que vous leur donnez la musique et la comédie, tandis que vous m’envoyez promener.
DOUANTE.
Que voulez-vous dire, madame Jourdain? et quelles fantaisies sont les vôtres, de vous aller mettre en tête que votre mari dépense son bien, et que c’est lui qui donne ce régal à madame? Apprenez que c’est moi, je vous prie; qu’il ne fait seulement que me prêter sa maison, et que vous devriez un peu mieux regarder aux choses que vous dites.
MONSIEUR JOURDAIN
Oui, impertinente, c’est monsieur le comte qui donne tout ceci à madame , qui est une personne de qualité. Il me fait l’honneur de prendre ma maison , et de vouloir que je sois avec lui.
MADAME JOURDAIN
Ce sont des chansons que cela ; je sais ce que je sais.
* DORANTE
Prenez, madame Jourdain, prenez de meilleures lunettes.
MADAME JOURDAIN
Je n’ai que faire de lunettes, monsieur, et je vois assez clair. Il y a longtemps que je sens les choses, et je ne suis pas une bête. Cela est fort vilain à vous, pour un grand sei- (Tneur, de prêter la main comme vous faites aux sottises de mon mari. Et vous , madame , pour une grande dame, cela n’est ni beau, ni honnête à vous, de mettre de la dissension dans un ménage, et de souffi’irque mon mari soit amoureux do vous.
dorimf.ne.
Que veut donc dire tout ceci? Allez, Dorante, vous vous moquez, de m’exposer aux sottes visions de cette extravagante.
DORANTE, suivant Durimène, qui sort.
Madame, holà! madame, où coui'ez-vous?