‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 283 sur 593 · acte I, SCENE · texte numérisé non relu

acte I, SCENE

Et, clans notre juste transport,

Murmurer, à plainte eommüne,

Des cruautés de notre sort.

Quelle fatalité secrète.

Ma sœur, soumet tout l’iinivors*

Aux attraits de notre cadette.

Et, de tant de princes divers Qu’en ces lieux la fortune jette ,

N’en présente aucun à nos fers?

Quoi ! voir de toutes parts , pour lui rendre les armes , Les cœurs se précipiter.

Et passer devant nos charmes Sans s’y vouloir arrêter !

Quel sort ont nos yeux en partage.

Et qu’est-ce qu’ils ont fait aux dieux.

De ne jouir d’aucun hommage Parmi tous ces tributs de soupirs glorieux,

Dont le superbe avantage Fait triompher d’autres yeux?

Est-il pour nous , ma sœur, de plus rude disgrâce Que de voir tous les cœurs mépriser nos appas ,

Et l’heureuse Psyché jouir avec audace D’une foule d’amants attachés à ses pas ?

CIDIPPE.

Ah ! ma sœur, c’est une aventure'

A faire perdre la raison ;

Et tous les maux de la nature Ne sont rien en comparaison.

• AGEAÜRE.

Pour moi , j’en suis souvent jusqu’à verser des larmes Tout plaisir, tout repos par là m’est arraché;

Contre un pareil malheur ma constance est sans armes. Toujours à ce chagrin mon esprit attaché Mc tient devant les yeux la honte de nos charmes.

Et le triomphe de Psyché.

La nuit, il m’en repasse une idée éternelle.

Qui sur toute chose prévaut.

Dieu ne me peut chasser cette image cruelle ;

Et, dès qu un doux sommeil me vient délivrer d’elle. Dans mon esprit aussitôt Quelque songe la rnppelUî,

342 PSYCHÉ

Qui me réveille en sursaut.

CIDIPPE.

Ma sœür, voilà mon martyre :

Dans vos discours je me voi;

Et vous venez là de dire Tout ce qui se passe en moi.

AGLAl RE.

Mais encor, raisonnons un peu sur cette affaire.

Quels charmes si puissants en elle sont épars?

Et par où, dites-moi, du grand secret de plaire L’honneur est-il acquis à ses moindres regards?

Que voit-on dans sa personne ,

Pour inspirer tant d’ardeurs ?•

Quel droit de beauté lui donne L’empire de tous les cœurs?

Elle a quelques attraits, quelque éclat de jeunesse :

On en tombe d’accord ; je n’en disconviens pas :

Mais lui cède-t-on fort pour quelque peu d’aînesse,

Et se voit-on sans appas ?

Est-on d’une figure a faire qu’on se raille?

N’a-t-on point quelques traits et quelques agréments? Quelque teint, quelques yeux, quelque air et quelque taille A pouvoir dans nos fers jeter quelques amants?

Ma sœur, faites-moi la grâce De me parler franchement :

Suis-je faite d’un air, à votre jugement ,

Que mon mérite au sien doive céder la place ?

Et, dans quelque ajustement,

Trouvez-vous qu’elle m’efface?

CIDIPPE.

Qui? vousj ma sœur? nullement.

Hier, à la chasse, près d’elle.

Je vous regardai longtemps ;

Et, sans vous donner d’encens.

Vous me parûtes plus belle.

Mais moi, dites, ma sœur, sans me vouloir flatter,

Sont-ce des visions que je me mets eu tète.

Quand je me crois taillée à pouvoir mériter La gloii e de quelque conquête ?

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