SCENE I. — AGLAURE, CIDIPPE
AGLADUE.
Je n’en puis plus, ma sœur; j’ai vu trop de merveilles. L’avenir aura peine à les bien concevoir;
Le soleil qui voit tout, et qui nous fait tout voir.
N’en a vu jamais de pareilles.
Elles me chagrinent l’esprit ;
Et ce brillant palais , ce pompeux équipage ,
Font un odieux étalage Qui m’accable de honte autant que de dépit.
Que la Fortune indignement nous traite.
Et que sa largesse indiscrète Prodigue aveuglément, épuise, unit d’cfforls.
Pour faire de tant de trésors Le partage d’une cadette !
J’entre dans tous vos sentiments ;
J’ai les mêmes chagrins; et, dans ces lieux charmants. Tout ce qui vous déplaît me blesse ;
Tout ce que vous prenez pour un mortel affront. Comme vous, m’accable, et me laisse L’amertume dans l’ame, et la rougeur au front.
AGLAURE
Non , ma sœur, il n’est point de reines Qui, dans leur propre état, parlent en souveraines Comme Psyché parle en ces lieux.
On l’y voit obéie avec exactilude ;
Et de ses volontés une amoureuse étude Les cherche jusque dans ses yeux.
Mille beautés s’empressent aulonr d’elle.
PSYCHÉ
Et semblent dire , à nos regards jaloux :
Quels que soient nos attraits, elle est encor plus belle, Et nous, qui la servons, le sommes plus que vous.
Elle prononce, on exécute;
Aucun ne s’en défend , aucun ne s’en rebute.
Flore, qui s’attache à ses pas.
Répand à pleines mains, autour de sa personne.
Ce qu’elle a de plus doux appas;
Zéphyrc vole aux ordres qu’elle donne.
Et son amante et lui, s’en laissant trop charmer. Quittent, pour la servir, les soins de s’entr’aimer.
cinipPE.
Elle a des dieux à son service.
Elle aura bientôt des autels ;
El nous ne commandons qu’à de chétifs mortels De qui l’audace et le caprice ,
Contre nous, à toute heure, en secret révoltés. Opposent à nos volontés Ou le murmure ou l’artifice.
AGLAÜRE.
C’étoit peu que, dans notre cour,
Tant de cœurs, à l’envi, nous l’eussent préférée;
Ce n’étoit pas assez que, de nuit et de jour.
D’une foule d’amants elle y fût adorée.
Quand nous nous consolions de la voir au tombeau Par l’ordre imprévu d’un oracle.
Elle a voulu, de son destin nouveau.
Faire, on notre présence, éclater le miracle.
Et choisir nos yeux pour témoins De ce qu’au fond du cœur nous souhaitions le moins.
CIDIPPE.
Ce qui le plus me désespère ,
C’est cet amant pai fait et si digne de plaire Qui se captive sous ses lois.
Quand nous pourrions choisir entre tous les monarques. En est-il un, de tant de rois.
Qui porte de si nobles marques?
Se voir du bien par delà ses souhaits.
N’est souvent qu’un bonheur qui fait des misérables;
Il n’est ni train pompeux ni superbes palais
Qui n’ouvrent quelque porte à des maux incurables :