‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 349 sur 593 · SCÈNE 1. - OCTAVE, SYLVESTRE · texte numérisé non relu

SCÈNE 1. - OCTAVE, SYLVESTRE

OCTAVE

Ah ! fâcheuses nouvelles pour un cœur amoureux! Dures extrémités où je me vois rédyit! Tu viens, Sylvestre, d’apprendre au port que mon père revient?

SYLVESTRE

Oui.

OCTAVE

Qu’il arrive ce matin même?

Ce matin même.

OCTAVE

Et qu’il revient dans la résolulion de me marier?

SYLVESTRE

Oui.

OCTAVE

Avec une fille du seigneur Géronle?

SYLVESTRE

Du seigneur Géronle.

OCTAVE

Et que cette fille est mandée de Tarente ici pour cela?

SYLVESTRE

Oui.

OCTAVE

Et lu tiens ces nouvelles de mon oncle?

SYLVESTRE

De votre oncle.

OCTAVE

A qui mon père les a mandées par une lettre?

Par une lettre.

OCTAVE

Et cet oncle, dis-tu, sait toutes nos affaires?

LES FOURBERIES DE SCAPIN

SYLVESTRE

Toutes nos affaires

OCTAVE

Ah! parle, si tu veux, et ne te fais point, de la sorte, arracher les mots de la bouche. ’

SYLVESTRE

Qu ai-je à parler davantage? vous n’oubliez aucune circonstance, et vous dites tes choses tout justement comme elles sont.

OCTAVE

Conseille-moi , du moins , et me dis ce que je dois faire dans ces cruelles conjonctures.

SYLVESTRE

Ma foi, je m’y trouve autant embarrassé que vous; et j aurois bon besoin que l’on me conseillât moi-même.

OCTAVE

Je suis assassiné par ce maudit retour.

Je ne le suis pas moins.

OCTAVE

Lorsque mon père apprendra les choses, je vais voir fondre sur moi un orage soudain d’impétueuses réprimandes.

SYLVESTRE

Les réprimandes ne sont rien; et plût au ciel que j’en fusse quitte à ce prix ! mais j’ai bien la mine, pour moi, de payer plus cher vos folies; et je vois se former, de loin, un nuage de coups de bâton qui crèvera sur mes épaules^.

OCTAVE

O ciel! par où sortir de l’embarras où je me trouve?

SYLVESTRE

C’est à quoi vous deviez songer avant que de vous y jeter.

OCTAVE

Ah ! tu me fais mourir par tes leçons hors de saison.

SYLVESTRE

Vous me faites bien plus mourir par vos actions étourdies.

‘ Celle forme de diaiogue en dcho était fort goûtée an dix-seplicme siccle. Molière semble ici avoir fait quelques emprunts à la Saur de Rolrou, acte I, scène I.

• Dans le Médecin volant, Sganarcllc dit : < Le nuage est fort épais, et j’ai bien peur que, s'il vient à crever, il ne grêle sur mon dos force coups de bâton.a

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