‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 421 sur 593 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

Trouvez bon, madame, que, sans m’engager dans une énumération de vos perfections et charmes, qui me jetteroit dans un progrès à l’infini, je conclue ce mot, en vws faisant considérer que je suis d’un aussi franc chrétien que les poires que je vous envoie, puisque je rends le bien pour le mal; c’est-à-dire, madame, pour m expliquer plus intelligiblement, puisque je vous présente des poires de bon-chrétien pour des poires d’angoisse, que vos cruautés

me font avaler tous les jours.

Il Tibaudieu, votre esclave indigne. »

Voilà, madame, un billet à garder.

LA COMTESSE

11 y a peut-être quelque mot qui Q est pas de 1 Académie ; mais i’v remarque un certain respect qui me plaît beaucoup.

Vous avez raison, madame; et, monsieur le vicomte dùt-il s’en offenser , j’aimerois un homme qui m écriroit comme cela.

SCÈNE XVI. — MONSIEUR TIBAUDIER, LE VICOMTE, LA COMTESSE, JULIE, CRIQUET.

LA COMTESSE

Approchez, monsieur Tibaudier; ne craignez point dentier. Votre billet a été bien reçu, aussi bien que vos poires ; et voilà madame qui parle pour vous contre votre rival.

MONSIEUR TIBAUDIER.

Je lui suis obligé , madame ; et , si elle a jamais quelque procès en notre siège, elle verra que je n’oublierai pas l’honneur qu’elle méfait, de se rendre auprès de vos beautés l’avocat de ma flamme.

JULIE

Vous n’avez pas besoin d’avocat, monsieur, et votre cause est juste.

MONSIEUR TIBAUDIER.

Ce néanmoins, madame, bon droit a besoin d’aide : et j’ai sujet d’appréhender de me voir supplanté par un tel rival, et que madame ne soit circonvenue par la qualité de vicomte.

LE VICOMTE

J’espérois quelque chose, monsieur Tibaudier, avant votre billet; mais il me fait craindre pour mou amour.

LA COMTESSE D’ESCARBAGNAS

MONSIEUR TIBAUDIER.

Voici encore, madame, deux petits versets ou couplets que j’ai composés à votre honneur et gloire.

LE VICOMTE

Ah! je ne pensois pas que monsieur Tibaudier fût poète; et voilà pour m’achever, que ces deux petits versets-là!

LA COMTESSE

Il veut dire deux strophes, (a criquet.) Laquais, donnez un siège à monsieur Tibaudier. (Bas, à criquet, qui apporte une chaise.) Un pliant, petit animal*. Monsieur Tibaudier, mettez-vous là, et nous lisez vos strophes.

MONSIEUR TIBAUDIER.

Une personne de qualité Ravit mon ame Elle a de la beauté.

J’ai de la flamme;

Mais je la blâme D’avoir de la fierté.

LE VICOMTE

Je suis perdu après cela.

LA COMTESSE

Le premier vers est beau. Une personne de qualité.

JULIE

Je crois qu’il est un peu trop long; mais on peut prendre une licence pour dire une belle pensée.

LA COMTESSE, à monsieur Tibaudier.

Voyons l’autre strophe.

MONSIEUR TIBAUÜIER.

Je ne sais pas si vous doutez de mon parfait amour,

Mais je sais bien que mon cœur, à toute heure.

Veut quitter sa chagrine demeure.

Pour aller, par respect, faire au votre sa cour.

Après cela pourtant, sûre de ma tendresse.

Et de ma foi, dont unique est l’espèce,

Vous devriez à votre tour.

Vous contentant d’être comtesse.

Vous dépouiller en ma faveur d’une peau de tigresse.

Qui couvre vos appas la nuit comme le jour.

'La dincrcnco des sièges, tels que fauieuils, chaises sans bras, pliants, tabourcls, clail à la cour une manière de marquer graduellcmcnl le rang des perlOnDCIa

Page 1