‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 446 sur 593 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

Heurter le fondement de toutes les sciences,

La grammaire, qui sait régenter jusqu’aux rois,

Et les fait, la main haute , obéir à ses lois ‘ !

CURTSALK.

Du plus grand des forfaits je la croyois coupable,

PHir,AMI1N’TE.

Quoi! vous ne trouvez pas ce crime impardonnable.'*

CURYSALE.

Si fait.

PHILAMINTE

Je voudrois bien que vous l’excusassiez.

CHRYSALE

Je n’ai garde.

RELISE

Il est vrai que ce sont des pitiés.

Toute construction est par elle détruite;

Et des lois du langage on l’a cent fois instruite.

MARTINE

Tout ce que vous prêchez est , je crois , bel et bon ;

Mais je ne saurais, moi, parler votre jargon.

PHILAMINTE

L’impudente! appeler un jargon le langage Fondé sur la raison et sur le bel usage !

MARTINE

Quand on se fait entendre, on parle toujours bien,

Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien.

PHILAMINTE

Hé bien! ne voilà pas encore de son style? '

Ne servent pas de rien!

RELISE

O cervelle indocile !

baut-il qu’avec les soins qu’on prend incessamment.

On ne te puisse apprendre à parler congrûment?

De pas mis avec rien tu fais la récidive;

Et c’est, comme on t’a dit, trop d’une négative.

‘ Ces vers ra(ipcllenl les dispules des grammairiens de celte époque, sm- l’in- Iroduclion de certains mots dans la langue, et où l'oii entendit Vaiigelas s’écrier; <11 n e»t permis à qui que ce soit de faire des mots umi veaux, pas mémeouisoutieraini. De sorte, ajoutait ce lion Vaiigelas, que Ponipoiiiiis Marcelliis cet raison de reprendre Tibère d en avoir fait un, et do dire qu'il pouvait bien donner le droit de bourgeoisie aux hommes, mais non pas aux mots, car leur autorité ne t étend pas jusque-là. » ,Almé Martin.)

LES FEMMES SAVANTES

MARTINE

Mon Dieu! je n’avons pas étugué comme vous,

Et je parlons tout droit comme on parle cheux nous. PHILAMINTE.

Ah! peut-on y tenir?

RELISE

Quel solécisme horrible !

PHILA.MINTE.

En voilà pour tuer une oreille sensible.

RELISE

Ton esprit, je l’avoue, est bien matériel!

Je n’est qu’un singulier, avons est pluriel <.

Veux-lu toute ta vie offenser la grammaire?

MARTINE

Qui parle d’offenser grand’mère ni grand-père?

PHILAMINTE

O ciel!

RÉLISE.

Grammaire est prise à contre-sens par toi ,

Et je t’ai déjà dit d’où vient ce mot.

MARTINE

Ma foi ,

Qu’il vienne de Chaillot, d’Auteuil ou de Pontoise,

Cela ne me fait rien.

RÉLISE.

Quelle ame villageoise'^

La grammaire, du verbe et du nominatif.

Comme de l’adjeclif avec le substantif.

Nous enseigne les lois.

MARTINE

J’ai, madame, à vous dire Que je ne connois poiill ces gens-là.

PHILAMINTE

Quel martyre !

' Le Filiale, comédie de Larivcy, offre une scène entre une servante et un pédant, où Molière a peut-être trouvé l’idée des deux solecismet de Martine. Voici le passage. La servante dit : < Le seigneur Fidèle sonf-il en la maison ?> Le pédant répond : < Femina proterva, rude, iudonrie, impérite, ign.-irc, qui l’a enseigné A parler de celte façon? Tu as fait une faute en grammaire, une discordance au nombre, parecque fidèle est numm singularit, cl sont, mimer» pluratis. — Toutes ces vôtres niaiseries ne m'importent rien. » Le pédant répond : « En ce sens on ne dit pas ne m'importe rien, parreque duæ negationei affirmant. * (Aimé Martin.)

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