ACTE II, SCÈNE VII
11 put ‘ étrangement son ancienneté.
BÉLISE
II est vrai que le mot est bien collet monté.
CHRYSALE
' Voulez-vous que je dise? il faut qu enfin j éclate , Que je lève le masque, et décharge ma rate ;
I De folles on vous traite, et j’ai fort sur le cœur..
PIULAMINTE.
I Comment donc?
CIIRYSAI.E, à Bclisc.
C’est à vous que je parle, ma sœur.
I Le moindre solécisme eu parlant vous irrite ;
' Mais vous en faites, vous, d’étranges en conduite.
Vos livres éternels ne me contentent pas; lEf, hors un gros Plutarque à mettre mes rabats,
Vous devriez brûler tout ce meuble inutile,
' El laisser la science aux docteurs de la ville ;
M’ôter, pour faire bien, du grenier de céans,
' Cette longue lunette à faire peur aux gens,
Et cent brimborions dont l’aspect importune ;
Ne point aller chercher ce qu’on fait dans la lune,
Et vous mêler un peu de ce qu’on fait chez vous.
Où nous voyons aller tout sens dessus dessous.
Il n’est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes, Qu’une femme étudie et sache tant de choses.
Former aux bonnes mœurs l’esprit de ses enfants. Faire aller son ménage, avoir l’œil sur ses gens,
Et régler la dépense avec économie ,
Doit être son étude et sa philosophie.
Nos pères, sur ce point, étoient gens bien sensés,
Qui disoient qu’une femme en sait toujours assez Quand la capacité de son .esprit se hausse A connoître un pourpoint d’avec un haut-dc-chausse.
' El non iljiue, comme le poiicnl à loi l les éditions modernes.
Ce préscnl se dérive de la forme jiuir, qui est la primitive ; puer esl moderne. < C'est putr que sentir bon. > (Moulaignc.)
Puer ou puïr, verbe neutre, € On ne conjugue point je pue, ni je putf, comme il semble qu on devroil conjuguer; mais je pus, lu pus, il put,. *
(Trévoux.)
Trévoux prouve qu’en 1710 la fnrine moderne n'avait pas encore supplanté l'ancienne complélemeni, et que puir subsistait loujntiis dan.s le présent de l'indicatif. A pins furie raison, en 1672, llolière ne pouvait-il écrire, comme le mettent certaines éditions : < Il pue étrêtugénieDt,.. > (F. Génin.)
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LES FEMMES SAVANTES
Les leurs ne lisoient point, mais elles vivoient bien ;
Leurs ménages étoient tout leur docte entretien ;
Et leurs livres, un dé, du fil et des aiguilles,
Dont elles travailloient au trousseau de leurs filles L Les femmes d’à présent sont bien loin de ces mœurs :
Elles veulent écrire, et devenir auteurs.
Nulle science n’est pour elles trop profonde.
Et céans beaucoup plus qu’en aucun lieu du monde :
Les secrets les plus hauts s’y laissent concevoir.
Et l’on sait tout chez moi, hors ce qu’il faut savoir.
On y sait comme vont lune, étoile polaire,
Vénus, Saturne et Mars, dont je n’ai point affaire;
Et, dans ce vain savoir, qu’on va chercher si loin.
On ne sait comme va mon pot, dont j’ai besoin.
Mes gens à la science aspirent pour ^ous plaire.
Et tous ne font rien moins que ce qu’ils ont à faire. Raisonner est l’emploi de toute ma maison.
Et le raisonnement en bannit la raison... !
L’un me brûle mon rôt, en lisant quelque histoire;
L’autre rêve à des vers, quand je demande à boire ;
Enfin, je vois par eux votre exemple suivi.
Et j’ai des serviteurs, et ne suis point servi.
Une pauvre servante au moins m’étoit restée,
Qui de ce mauvais air n’étoit point infectée;
Et voilà qu’on la chasse avec un grand fracas,
A cause qu’elle manque à parler Vaugelas.
Je vous le dis, ma sœur, tout ce train-là me blesse;
Car c’est, comme j’ai dit, à vous que je m’adresse.
Je n’aime point céans tous vos gens à latin,
Et principalement ce monsieur Trissotin :
C’est lui qui, dans des vers, vous a lympanisées;
Tous les propos qu’il tient sont des billevesées.
On cherche ce qu’il dit après qu’il a parlé;
Et je lui crois, pour moi, le timbre un peu fêlé.
‘ Le mol (SI tiislorique, cl Molière l'a cmprunlé h Montaigne > < A l'advcnlure, nous cl la llieologie ne requérons pas beaucoup de science ani femmes: ul François, duc de Hrdingne, lils de Jean V, comme on lui parla de son msiiage avec Isabeau, fille d Escosse, cl qu’on lui adjonsla qu’elle avoll est(= nourrie simplemenl cl sans aulcune inslruclion de lellres, respondit « <|u’il l’en aimoil I) mieulx, cl qu’une femme estoil aisci sçavantc quand elle sçavoil mcllrcdifle- » rcnce cuire la clicuiisc el le pourpoincl de son mary. > (£rsaif, lirre I. cliap. XIV. ' oyez aussi Chtoraana, lome I, page 192, cl les Annales de Bouclicl.)