ACTE III, SCÈNE V. SI
VALÈUE.
Cela s’cnlend.
MAÎTRE JACQUES
Hé bien ! il faudra quatre grands potages et cinq assiettes. Potages... Entrées..
HARPAGON
Que diable ! voilà pour traiter toute une ville entière.
MAÎTRE JACQUES
Rôt...
HARPAGON , mcltanl la main sur la houclie de mailre Jacques
Ah! traître, tu manges tout mon bien.
MAÎTRE JACQUES
Entremets'.
HARPAGON, metlanl encore la main sur la bouche de maître Jacques.
Encore ?
VALERE , à maître Jacques.
Est-ce que vous avez envie de faire crever tout le monde ? et monsieur a-t-il invité des gens pour les assassiner à force de mangeaille? Allez-vous-en lire un peu les préceptes de la santé, et demander aux médecins s’il y a rien de plus préjudiciable à l’homme que de manger avec excès.
Il a raison.
VALÈUE.
Apprenez , maître Jacques , vous et vos pareils , que c’est un coupe-gorge, qu’une table remplie de trop de viandes ; que pour se bien montrer ami de ceux que l’on invite, il faut que la frugalité règne dans les répas qu’on donne ; et que, suivant le dire d’un ancien, il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger.
‘ TAR. maître JACQUES.
< Hé bien ! il faudra quatre grands potages bien garnis, et cinq assiettes d’en- >lrécs: potage bisque, potage de perdrix aux choux verts, potage de santé, > potage de canards aux navets. Entrées ; fricassée de poulets, tourte de pigeon- » neaux, riz de veau, boudin blanc, et cervelles.
HARPAGON
diable ! voilà pour traiter toute une ville entière.
> Que
MAÎTRE JACQUES
> Rôt dans un grandissime bassin en pyramide; une grande longe de veau do
> riviere, trois faisans, trois poulardes grasses, douze pigeons de volière, douze
> |H)u ets c grains, six lapereaux de garenne, douze perdreaux, deux douzaines
> de cailles, trois douzjtincs d'ortolans... » (Édition de 168'2.)
L’AVARE
Ah! que cela est bien dit! Approche, que je t’embrasse pour ce mot. Voilà la plus belle sentence que j’aie entendue de ma vie : Il faut vivre pour manger, et non pas manger pour vi... Non, ce n’est pas cela. Comment est-ce que tu dis?
VALÈRE
Qa’il faut manger pour vivre , et non pas vivre pour manger K
HARPAGON, à maUrc Jacques,
Oui. Entends-tu? (a Vaièip.) Qui est le grand homme qui a dit cela ?
VAI.ÈRE
Je ne me souviens pas maintenant de son nom.
HARPAGON
Souviens-loi de m’écrire ces mots : je les veux faire graver en lettres d’or sur la cheminée de ma salle.
VALÈRE
Je n’y manquerai pas. Et pour votre souper, vous n’avez qu’à me laisser faire; je réglerai tout cela comme il faut.
HARPAGON
Fais donc.
MAÎTRE JACQUES
Tant mieux ! j’en aurai moins de peine.
HARPAGON, à Valère.
Il faudra de ces choses dont on ne mange guère , et qui rassasient d’abord ; quelque bon haricot bien gras , avec quelque pâté en pot bien garni de marrons. Là , que cela foisonne.
Reposez-vous sur moi.
HARPAGON
Maintenant, maître Jacques, il faut nettoyer mon carrosse
MAÎTRE JACQUES
Attendez ; ceci s’adresse au cocher. (Maiirp jacquei remei sa rasaqiiG.) VouS dites...
HARPAGON
Qu’il faut nettoyer mon carrosse, et tenir mes chevaux tout prêts pour conduire à la foire...
* Ede ul vivat, ni vivat u( edat, (Adage talin.)