LÉPINE
Je ni’cn suis aperçu, madaine, étant par terre
PHILAMINTE, à Lcpine, i]ui sort
Le lourdaud'
TRISSOTIN
Bien lui prend de n’être pas de verre
ARMANDE
Ah ! de l’esprit partout !
BÉUSE.
Cela ne tarit pas.
(Ils s’asseyonl.)
PHILAMINTE
Servez-nous promptement votre aimable repas,
Pour cette grande faim qu’à mes yeux on expose, Un plat seul de huit vers me semble peu de chose; Et je pense qu’iei je ne ferai pas mal De joindre à l’épigramme, ou bien au madrigal.
Le ragoût d’un sonnet qui, chez une princesse,
A passé pour avoir quelque délicatesse.
Il est de sel attique assaisonné partout.
Et vous le trouverez, je crois, d’assez bon goût.
ARMANDE
Ah ! je n’en doute point.
PHILAMINTE
Donnons vite audience.
BÉL1SE, interrompant Trissotin chaque fois qu’il se dispose A lire.
Je sens d’aise mon cœur tressaillir par avance.
J’aime la poésie avec entêtement.
Et surtout quand les vers sont tournés galamment.
PHILAMINTE
Si nous parlons toujours, il ne pourra rien dire,
TRISSOTIN
So..
BÉLISE, à Ileuriette.
Silence, ma nièce..
ARMANDE
Ah! laissez-le donc lire.
LES FEMMES SAVANTES
TniSSOTIN
Sonnet à la princesse Uranie, sur sa filvre
Volro prudence est endormie,
De Irailer magnifiquement Et de loger superbement Votre plus cruelle ennemie,
BÉLISE
Ah ! le joli début !
AEMANDE.
Qu’il a le tour galant!
PHILAMINTE
Lui seul des vers aisés possède le talent,
ARMANDE
A prudence endormie il faut rendre les armes,
BÉLISE
Loger son ennemie est pour moi plein de charmes.
rUILAMINTE.
J’aime superbement et magnifiquement;
Ces deux adverbes joints font admirablement.
BÉLISE
Prêtons l’oreille au reste.
TRISSOTIN
Voire prudence est endormie,
De traiter magnifiquement
' Le sonnet se trouve dans les OEuvres galantes en prose et en vers de M. Co> <tn, chez Étienne Lnison, Paris, 1663. Il est intitulé Sonnai à madtmoiselle de jMngueoille, à présent due'iesse de Nemours, sur sa fièvre quarte. — Ce fut Boileau qui fournit l'idée de la scène entre Trissotin et Vndiiis. On a blèmé Molière d'avoir ainsi mis sur la scène un ecclésiastique de soixante ans. H. Aimé Martin, à propos de cetle critique, dit avec raison que, comme première excuse, Molière avait été attaque le premier, qu'il n'a fait que se défendre : c 11 se venge, dit le commentateur que nous venons de citer, du méchant poète, mais il ne dit rien ni de l’ecclésiastique ni du prédicateur; il fait plus, il sépare si bien le poète de l’homme privé, que les contemporains ne peuvent les confondre ; car ce qu’il y a de vil dans le personnage de Trissotin (sa cupidité, sa persévérance à vouloir épouser Henriette ) ne pouvoit convenir à uu ecclésiastique de soixante ans. Ainsi Molière ne dilTame pas la vie de Cotin, il joue ses ridicules. La punition qu'il lui impose est d'ailleurs aussi spirituelle que singulière ; c'est d’être admiré par les précieuses, c’est do s’entendre répéter en public les éloges que ces dames lui donnaient tous les jours en particulier.
Cotin, du reste, méritait bien les sarcasmes de Molière; car il était difficile de pousser plus loin le pédantisme et la vanité. En faisant allusion è son prénom de Charles, il disait : « Mon chilîre, c’c.>.t deux CC entrelacés, qui , retournés et joints ensemble, forment un cercle; cela veut dire un peu mystiquement que mes oeuvres rempliront le rond de la terre quand elles seront toutes reliées ensemble; car mes Énigmes ont été traduites en italien et en espagnol, et mon Cantique des Cantiques envoya \iar toute la terre, etc. >