SCÈNE 1. - HENRIETTE, TRISSOTIN
HENRIETTE
C’est sur le mariage où ma mère s’apprête Que j’ai voulu , monsieur, vous parler tête à tête;
Et j’ai cru , dans le trouble où je vois la maison ,
Que je pourrois vous faire écouter la raison.
Je sais qu’avec mes vœux vous me jugez capable De vous porter en dot un bien considérable ;
Mais l’argent, dont on voit tant de gens faire cas. Pour un vrai philosophe a d’indignes appas;
Et le mépris du bien et des grandeurs frivoles Ne doit point éclater dans vos seules paroles.
TRISSOTIN
•Aussi n’esLce point là ce qui me charme en vous;
Et vos brillants attraits , vos yeux perçants et doux, Votre grâce et votre air, sont les biens , les richesses , Qui vous ont attiré mes vœux et mes tendresses ;
C’est de ces seuls trésors que ‘ je suis amoureux.
HENRIETTE
Je suis fort redevable à vos feux généreux. '
Cet obligeant amour a de quoi me confondre,
Et j’ai regret, monsieur, de n’y pouvoir répondre.
Je vous estime autant qu’on sauroit estimer;
•Mais je trouve un obstacle à vous pouvoir aimer.
Un cœur, vous le savez, à deux ne sauroit être;
Et je sens que du mien Clitandre s’est fait maîire.
Je sais qu’il a bien moins de mérite que vous.
Que j’ai de méchants yeux pour le choix d’un époux ; Que, par cent beaux latents, vous devriez me plaire : Je vois bien que j’ai tort, mais je n’y puis que faire; El tout ce que sur moi peut le raisonnement.
C’est de me vouloir mal d’un tel aveuglement.
TRISSOTIN