‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 480 sur 593 · SCÈNE 1. - HENRIETTE, TRISSOTIN · texte numérisé non relu

SCÈNE 1. - HENRIETTE, TRISSOTIN

HENRIETTE

C’est sur le mariage où ma mère s’apprête Que j’ai voulu , monsieur, vous parler tête à tête;

Et j’ai cru , dans le trouble où je vois la maison ,

Que je pourrois vous faire écouter la raison.

Je sais qu’avec mes vœux vous me jugez capable De vous porter en dot un bien considérable ;

Mais l’argent, dont on voit tant de gens faire cas. Pour un vrai philosophe a d’indignes appas;

Et le mépris du bien et des grandeurs frivoles Ne doit point éclater dans vos seules paroles.

TRISSOTIN

•Aussi n’esLce point là ce qui me charme en vous;

Et vos brillants attraits , vos yeux perçants et doux, Votre grâce et votre air, sont les biens , les richesses , Qui vous ont attiré mes vœux et mes tendresses ;

C’est de ces seuls trésors que ‘ je suis amoureux.

HENRIETTE

Je suis fort redevable à vos feux généreux. '

Cet obligeant amour a de quoi me confondre,

Et j’ai regret, monsieur, de n’y pouvoir répondre.

Je vous estime autant qu’on sauroit estimer;

•Mais je trouve un obstacle à vous pouvoir aimer.

Un cœur, vous le savez, à deux ne sauroit être;

Et je sens que du mien Clitandre s’est fait maîire.

Je sais qu’il a bien moins de mérite que vous.

Que j’ai de méchants yeux pour le choix d’un époux ; Que, par cent beaux latents, vous devriez me plaire : Je vois bien que j’ai tort, mais je n’y puis que faire; El tout ce que sur moi peut le raisonnement.

C’est de me vouloir mal d’un tel aveuglement.

TRISSOTIN

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