‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 482 sur 593 · SCÈNE II. — CHRYSALE, CLITANDRE , HENRIETTE, ' MARTINE · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — CHRYSALE, CLITANDRE , HENRIETTE, ' MARTINE

Ah ! ma fille , je suis bien aise de vous voir ;

Allons , venez-vous-en faire votre devoir.

Et soumettre vos vœux aux volontés d’un père.

Je veux , je veux apprendre à vivre à votre mère ;

Et, pour la mieux braver, voilà, malgré ses dents, Martine que j’amène et rétablis céans.

HENRIETTE

Vos résolutions sont dignes de louange.

Gardez que cette humeur, mon père , ne vous change ; Soyez ferme à vouloir ce que vous souhaitez ;

Et ne vous laissez point séduire à vos bontés.

Ne vous relâchez pas, et faites bien en sorte D’empécher que sur vous ma mère ne l’emporte.

CHRYSALE

Comment! Me prenez-vous ici pour un benêt?

HENRIETTE

M’en préserve le ciel!

CHRYSALE

Suis-je un fat, s’il vous plaît?

HENRIETTE

Je ne dis pas cela.

CHRYSALE

Me croit-on incapable

Des fermes sentiments d’un homme raisonnable?

HENRIETTE

Non , mon père.

CHRYSALE

Est-ce doue qu’à l’âge où je me voi , Je n’aurois pas l’esprit d’être maître chez moi?

LES FEMMES SAVANTES

Si fiiit.

HENRIETTE

CHRYSALE

Et que j’aurois celte foiblesse d’ame,

De me laisser mener par le nez à ma femme?

HENRIETTE

Eh ! non , mon père.

CHRYSALE

Ouais! Qu’est-ce donc que ceci?

Je vous trouve plaisante à me parler ainsi !

HENRIETTE

Si je vous ai choqué , ce n’est pas mon envie.

CHRYSALE

Ma volonté céans doit être en tout suivie.

HENRIETTE

Fort bien , mon père.

CHRYSALE

Aucun , hors moi , dans la maison , N’a droit de commander.

HENRIETTE

Oui; vous avez raison.

CHRYSALE

C’est moi qui tiens le rang de chef de la famille.

HENRIETTE

D’accord.

Eh ! oui.

CHRYSALE

C’est moi qui dois disposer de ma fille.

HENRIETTE

CHRYSALE

Le ciel me donne un plein pouvoir sur vous.

HENRIETTE

Qui vous dit le contraire?

CHRYSALE

El, pour prendre un époux, Je Aous ferai bien voir que c’est à votre père Qu’il vous faut obéir, non ]>as à votre mère.

HENRIETTE

Hélas! vous tlattez là le plus doux do mes voux; Veuillez être obéi ; c’est tout ce que je veux.

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