‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 51 sur 593 · SCÈNE X. - HARPAGON, ÉLISE, MARIANE, FROSINE · texte numérisé non relu

SCÈNE X. - HARPAGON, ÉLISE, MARIANE, FROSINE

MARIANE

Je m’acquitte bien tard , madame , d’une telle visite.

ÉLISE

Vous avez fait, madame, ce que je devois faire, et c’étoit à moi de vous prévenir.

H.ARPAGON.

Vous voyez qu’elle est grande ; mais mauvaise herbe croît toujours.

.MARIANE, bas, A Frosine.

Oh! l’homme déplaisant!

HARPAGON , bas , à Frosine.

Que dit la belle?

FROSINE

Qu’elle vous trouve admirable.

HARPAGON

C’est trop d’honneur que vous me faites, adorable mignonne.

MARIANE, à pari.

Quel animal!

H.4RPAGON.

Je vous suis trop obligé de ces sentiments.

MARIANE, à part.

Je n’y puis plus tenir.

SCÈNE XI — HARPAGON, MARIANE, ÉLISE, CLÉANTE, VALERE, FROSINE, BRINDAVOINE.

HARPAGON..-

Voici mon fils aussi, qui vous vient faire la révérence. .M.ARIANE, bas, à Frosine.

Ah! Frosine, quelle rencontre! C’est justement celui dont je t’ai parlé.

FROSINE, à Mariane.

L’aventure est merveilleuse.

Je vois que vous vous étonnez de me voir de si grands entants; mais je serai bientôt défait et de l’un et de l’autre. CI-ÉANTE, à Mariane.

Madame, à vous dire le vrai, c’est ici une aventure où,

L’A VAHli.

sans doute, je ne in’attendois pas; et mon père ne m’a pas peu surpris lorsqu’il m’a dit tantôt le dessein qu’il avoit formé.

MAIUANE.

Je puis dire la même chose. C’est une rencontre imprévue qui m’a surprise autant que vous; et je n’étois point préparée à une pareille aventure.

CLÉANTE

Il est vrai que mon père, madame, ne peut pas faire un plus beau choix, et que ce m’est une sensible joie que l’honncur de vous voir; mais, avec tout cela, je ne vous assurerai pas que je me réjouis du dessein où vous pourriez être de devenir ma belle-mère. Le compliment, je vous l’avoue, est trop difficile pour moi; et c’est un titre, s’il vous plaît, que je ne vous souhaite point. Ce discours paroîtra brutal aux yeux de quelques-uns; mais je suis assuré que vous serez personne à le prendre comme il faudra; que c’esi un mariage, madame, où vous vous imaginez bien que je dois avoir de la répugnance; que vous n’ignorez pas, sachant ce que je suis, comme il choque mes intérêts, et que vous voulez bien enfin que je vous dise , avec la permission de mon père, que, si les choses dépendoient de moi, cet hymen ne se feroit point.

HARPAGON

Voilà un compliment bien impertinent ! Quelle belle confession à lui faire!

MARIANE

Et moi, pour vous répondre, j’ai à vous dire que les choses sont fort égales; et que, si vous auriez d' la répugnance à me voir voire belle-mèré, je n’en aurois j.'is moins, sans doute, à vous voir mon beau-fils. Ne croyez pas, je nous prie, que ce soit moi qui cherche à vous donner celte inquiétude. Je serais fort fâchée de vous causer du déplaisir, et, si je ne m’y vois forcée par une puissance absolue, je vous donne ma parole que je ne consentirai jwint au mariage qui vous chagrine.

HARPAGON

Elle a raison. A sot compliment, il faut une réponse de même, .levons demande pardon , ma belle, de limpertinencc de mon fils; c’est un jeune sol, qui ne sait pas encore la conséquence des paroles qu’il dit.

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