‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 542 sur 593 · ACTE II, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII

doit iioiiit vouloir accepter une personne qui seroit à lui par contrainte.

THOMAS DIAI’OIULS.

Nego conscquenliam , inadeinoisclle ; et je puis être honnête iiomme , et vouloir bien vous accepter des mains de monsieur votre père.

ANGIÎLIQI E.

C’est un méchant moyen de se faire aimer de quelqu un, que de lui faire violence.

THOMAS niAEOlRLS.

Nous lisons des anciens, mademoiselle, que leur coutume étoit d’enlever par force, de la maison des pères, les filles qu’on menoit marier, afin qu’il ne semblât pas que ce fût de leur consentement qu’elles convoloient dans les bras d’un homme.

A^CÉl,lQljE.

Les anciens, monsieur, sont les anciens; et nous sommes les gens de maintenant. Les grimaces ne sont point nécessaires dans notre siècle; et, quand un mariage nous plaît, nous savons fort bien y aller, sans qu’on nous y traîne. Donnez-vous patience; si vous m’aimez, monsieur, vous devez vouloir tout ce que je veux. . -

THOMAS DIAEQIllLS.

Oui, mademoiselle, jusqu’aux intérêts de mon amour exclusivement.

ANCÉUQUE.,

Mais la grande marque d’amour, c’est d’être' soumis aux volontés de celle ([u’on aime.

THOMAS Dl.U-OIULS.

Dislinguo , mademoiselle. Dans ce qui ne regarde point sa possession, concéda; mais dans ce qui la regarde, nego.

TOI^ETTE , n Aiif;éli(|ue.

Vous avez beau raisonner. Monsieur est frais émoulu du collège; et il vous donnera toujours votre reste. PouK|uoi tant résister, et refuser la gloire d’étre attachée au corps de la Faculté?

BhUNE.

Elle a peut-être quel([ue inclination en tête.

ANGÉMQEE.

Si j’en a\ois, madame, elle seroit telle que la raison et riionnêteté pourroient me la permettre.

<>5î LE MALADE IMAGINAIRE.

ARCAN

Ouais ! je joue ici un plaisant personnage!

BiiUfîE.

Si j’etois que de vous, mon fils, je ne la forcerois point à se marier; et je sais bien ,ce <juc je forois.

ANGÛI.IQÜE.

Je sais, madame, ce que vous voulez dire, et les bontés que vous avez pour moi; mais peut-être que vos conseils ne seront pas assez heureux pour être exéeutés.

BÉLINE.

C’est que les filles bien sages et bien honnêtes, comme vous, SC moquent d’èlre obéissantes et soumises aux volontés de leurs pères. Cela étoit bon autrefois.

ANGÉLIQUE

Le devoir d’une tille a des bornes, madame; et la raison et les lois, UC l’étendent point à toutes sortes de choses.

BÉLINE.

C’est-à-dire que vos pensées ne sont que pour le mariage; mais vous voulez choisir un époux à votre fantaisie.

ANGÉLIQUE

Si mon père ne veut pas me donner un mari qui me plaise, je le conjurerai, au moins, de ne me point forcer à en épouser un que je ne puisse pas aimer.

ARGAN

Messieurs, je vous demande pardon de tout ceci.

ANGÉLIQUE

Chacun a son but en se mariant. Pour moi, qui ne veux un mari que pour l’aimer vérilabicment, et qui prétends en faire tout l’attachement de ma vie , je vous avoue que j’y cherche quelque précaution. Il y en a d’aucunes qui prennent des maris seulement i our se tirer de la contrainte do leurs parents, et se mettre eu étal de faire tout ce qu’elles voudront. Il y en a d’autres, madame, qui font du mariage un commerce de pur inlérêt; qui ne se marient que pour gagner des douaires, que pour .s’enrichir par la mort de ceux qu’elles épopsent, et courent sans scrupules de mari en mari, pour s’approprier leurs dépouilles. Ces personnes-là, à la vérité, n’y cherchent pas tant de façons, et regardent peu la personne.

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