ACTE III, SCÈNE XIV
TOINETTE
Le poumon.
ARC AN
Je sens parfois des lassitudes par tous les membres. .
TOINETTE
Le poumon.
AUGAN.
Et quelquefois il me
prend des douleurs dans le ventre ,
comme si c’étoicut des coliques.
TOINETTE
Le poumon. Vous avez appétit à ce que vous mangez?
ARCAN
Oui, monsieur.
TOINETTE
Le poumon. Vous aimez à boire un peu de vin?
ARGAN
Oui, monsieur.
TOINETTE
Le poumon. 11 vous prend un petit sommeil apres le re-
pas, et vous êtes bien
aise de dormir r
ARGAN
Oui, monsieur.
TOINETTE
Le poumon, le poumon, vous dis-je. Que vous ordonne votre médecin pour votre nourriture ?
ARGAN
Il m’ordonne du potage.
TOINETTE
Ignorant!
De la volaille,
TOINETTE
Ignorant!
ARGAN
Du veau.
TOINETTE
Ignorant!
ARGAN
Des bouillons,
TOINETTE
Ignorant!
lÆ MALADE IMAGINAIRE.
ABGAN.
Des œufs frais ;
TOINETTE
Ignorant!
ARCAN
Et le soir, de petits pruneaux pour lâcher le ventre ;
TOINETTE
Ignorant!
ARGAN
Et surtout de boire mon vin fort trempé.
TOINETTE
Ignorantus , ignoranla, ignoranlum. Il faut boire votre vin pur; et, pour épaissir votre sang, qui est trop subtil, il faut manger de bon gros bœuf, de bon gros porc, de bon fromage de Hollande; du gruau et du riz, et des marrons et des oublies , pour coller et conglutiner. Votre médecin est une bête. Je veux vous eu envoyer un de ma main ; et je viendrai vous voir de temps en temps , tandis que je serai en cette ville.
ARGAN
Vous m’obligez beaucoup.
TOINETTE
Que diantre faites-vous de ce bras-là?
ARGAN
Comment?
TOINETTE
Voilà un bras que je me ferois couper tout à l’heure , si j’étois que de vous.
ARGAN
Et pourquoi?
Ne voyez-vous pas qu’il lire à soi toute la nourriture , et qu’il empêche ce côté-là de profiter?
ARGAN
Oui ; mais j’ai besoin de mon bras.
TOINETTE
Vous avez là aussi un œil droit que je me ferois crever, si j’étois en votre place.
Crever un œil?
ARGAN