‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 63 sur 593 · SCÈNE IV. - HARPAGON, CLÉANTE, MAITRE JACQUES · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. - HARPAGON, CLÉANTE, MAITRE JACQUES

MAÎTRE JACQUES

Hé, lié, hé, messieurs, qu’est-ce-ci? à quoi songez-vous? CLÉANTE.

Je me moque de cela.

MAÎTRE JACQUES , à Clëantc.

Ail! monsieur, doucemenl.

HARPAGON

Me parler avec cette impudence!

MAÎTRE JACQUES , à Harpagon.

Ah ! monsieur, de grâce !

CLÉANTE

Je n’en démordrai point.

MAÎTRE JACQUES , à Cléante.

lié quoi! à votre père?

HARPAGON

Laisse-moi faire.

MAÎTRE JACQUES, à Harpagon, lié quoi! à votre fils? encore passe pour moi.

HARPAGON

Je te veux faire toi-méme, maître Jacques, juge de celte affaire, pour montrer comme j’ai raison C

MAÎTRE JACQUES

J’y consens, (a ciéanie.) Éloignez-vous un peu.

HARPAGON

J’aime une fille que je veux épouser; et le pendard a l’insolence de l’aimer avec moi , et d’y prétendre malgré mes ordres.

MAÎTRE JACQUES

Ah! il a tort.

HARPAGON

N’est-ce pas une chose épouvanlahle, qu’un fils qui veut entrer en concurrence avec son père? et ne doit-il pas, par respect, s’abstenir de toucher à mes inclinations?

MAÎTRE JACQUES

Vous avez raison. Laissez-moi lui parler, et demeurez là.

CLEANTE, à maille Jacques, qui s'approche de lui. ■

Ile bien! oui, puisqu’il veut te choisir pour juge, je u’y

' ^tlc scène rappelle la scène seplièmo du premier acte, pris Valero pour juge enlre sa lille Cl lui.

où Harpagon a

L’AVARK.

recule point; il ne m’importe qui ce soit; et je >cux bien aussi me rapporter à toi , maître Jacques, de notre différend.

MAÎTRE JACQUES

C’est beaucoup d’honneur que vous me faites.

CLÉANTE

Je suis épris d’une jeune personne qui répond à mes vœux, et reçoit tendrement les offres de ma foi; et mon père s’avise de venir troubler notre amour, par la demande qu’il en fait faire.

MAÎTRE JACQUES

Il a tort assurément.

N’a-t-il point de honte, à son âge, de songer à se marier? Lui sied-il bien d’être encore amoureux? et ne devroit-il pas laisser cette occupation aux jeunes gens?

MAÎTRE JACQl ES.

Vous avez raisou. Il se moque. Laissez-moi lui dire deux mots. (A Harpagon.) Hé bicu ! votie fils n’est pas si étrange que vous le dites, et il se met à la raison. 11 dit qu’il sait le respect qu’il vous doit ; qu’il ne s’est emporté que dans la première chaleur, et qu’il ne fera point refus de se soumettre à ce qu’il vous plaira , pourvu que vous vouliez le traiter mieux que vous ne faites, et lui donner quelque personne en mariage, dont il ait lieu d’être content.

HARl’AGON.

Ah! dis-lui, maître Jacques, que, moyennant cela, il pourra espérer toutes choses de moi, et que, hors Mariane, je lui laisse la liberté de choisir celle qu’il voudra.

MAÎTRE JACQUES

Laissez-moi faire. (A Cicauic.) Hé bien! votre père n’est pas si déraisonnable (lue vous le faites; et il m’a témoigné que ce sont vos emportements qui l’ont mis eu colère; qu’il n’en veut seulement qu’à votre manière d’agir, et qu’il sera fort disposé à vous accorder ce que vous souhaitez, pourvu que vous vouliez vous y prendre par la douceur, et lui rendre les déférences , les respects et tes soumissions qu un (ils doit a sou père.

CLÉANTE

Ah! maître Jacques, tu lui peux assurer que, s'il m’accoi dc Mariane , il me verra toujours le plus soumis de tous

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