‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 83 sur 593 · COMÉDIE-BALLET EN TROIS ACTES · texte numérisé non relu

COMÉDIE-BALLET EN TROIS ACTES

NOTICE

Suivant Geoffroy, qui nous paraît avoir très-heureusement caractérisé la pièce qu'on va lire, M. de Pourceaugnac « est le Ivpe I origine et le modèle de ces imiombrables farces où ils'a'^it de berner un provincial imbécile qui a la témérité tic vouloir épouser une jolie fille. Il est établi au théâtre, comme maxime fondamentale, qu'il n'y a qu'un joli garçon, un jeune officier, un petit maître qui puisse etre le mari d'une jolie fille ; c'est à peu près le contraire de ce qui arrive dans le monde, où l'intérêt et les convenances se moquent des lois théâtrales. Pourceaugnac n’est probablement pas la première pièce faite sur ce sujet; ma elle vaut mieux que toutes celles qui l'ont précédée; et ce rnii est plus extraordinaire, elle est restée la meilleure de toutes ce les qui 1 ont suivie. Dans le genre même de la farce, Molière est le maître, comme il l’est dans la haute comédie. »

Apres avoir ainsi donné l’explication du sujet, Gcoiïrov aborde les details, et touche encore avec bonheur bien des poiîitsprin

étaient si gram et ‘ligne gibier de comédie. Ils

les condala au cé bl 01^1'° "" o»

--.ncs.Les:;r.—

NOTICE

et sur leur corporation qu’on appelait la Faculté, devaient produire un efilet bien plus piquant lorsqu'on avait sous les yeux dans le monde, les originaux des copies ridicules qu’on exposait au théâtre. — Fourceaugnac n’est pas une pièce de carnaval, une pièce faite pour le peuple ; elle fut composée exprès pour le plaisir du roi et de toute la cour. Pourceaugnac fit partie d’une fêle que Louis XIV donnait à Chambord. »

Suivant une opinion très-accréditée à Limoges, Molière aurait composé M. de Pourceaugnac pour se venger de l’accueil qu’il avait reçu comme acteur dans cette ville.

Suivant Grimarest, l’idée, première de cette pièce aurait été fournie par un gentilhomme limousin, qui se serait querellé sur le théâtre avec les comédiens de Molière et les aurait brutalement insultés. Cette opinion est appuyée du témoignage du rimeur contemporain Robinet, qui dit dans sa gazette en vers :

Tout est dans ce sujet follet De comédie cl de liallet Digne de suit rare génie,

Qu’il tourne certe et qu’il manie Comme il lui plaît incessamment,

Avec un nouvel agrément.

Comme il tourne aussi sa personne.

Ce qui pas moins ne nous étonne.

Selon les sujcis comme il veut.

Il joue autant bien qu’il se peut Ce marquis de nouvelle fonte.

Dont par hasard, à ce qu'on conte.

L’original est à Paris :

En colère autant que surpris De s'y voir dépeint de la sorte,

Il jure, il tempête, il s’emporte.

Et veut faire ajourner l’auteur En réparations d’iionneur.

Tant pour lui que pour sa famille,

La(|uelle eu Bourceaugnacs fourmille...

Les érudits littéraires, comme les collecteurs d’anecdotes, n’ont pas manqué de rechercher les sources auxquelles Molière a puisé; et tout en admettant que raccueil fait à notre auteur par la ville de Limoges, ou la querelle du gentilhomme ail été roccasioii première et la cause déterminante de cette comédie, ils ont indiqué comme ayant fourni des inspirations à notre auteur : 1® les Facétieuses journées, de Gabriel Chapuis ; 2° les Rcpue$ franches, de Villon ; 3® les iVoiircflWx contes à rire, du sieur d’Oiiville; 4® VUistoire générale des larrons; enfin une comédie en trois actes, intitulée le Disgrazie d'Arlechino (les Disgrâces d’.ârlequin), paraît avoir fourni la plupart des tours qu’on joue à Pourceaugiiac. Le hères italien est, comme le liéros français, persécuté

NOTICE

lOI

par uu fourbe qui met à ses trousses de faux créanciers, des coquines qui prétendent être ses femmes, et une troupe d’enfants qui l'appellent papa. Enfin, le héros italien finit aussi par se déguiser en femme pour fuir la justice, qui punit sévèrement les polygames.

Molière, à ce qu'il paraît, n’attachait guère plus d’importance à M. de Pourceaugjiac qu’à Georges Dandin. Et cependant, suivant la remarque de Voltaire, dans cette farce, comme dans toutes colles de Molière, il y a des scènes dignes de la haute comédie ; et aux précieux de la critique, on peut l’épondre avec Diderot : « Si l’on croit qu’il y ait beaucoup plus d’hommes capables de faire Pourceaugnac que le Misanthrope, on se trompe.»

PERSONNAGES DE LA COMÉDIE

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC *

ORONTE

JULIE, lille d'Oronle ÉRASTE, amanl de Julie *.

NÉRINE, femme d’intrigue, feinte Piearde LUCETTE, feinte Gasconne *.

SBRIGANI, Napolitain, homme d’iniiiguc PREMIER MÉDECIN.

SECOND MÉDECIN

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