‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 92 sur 593 · ACTE 1, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE V

pas sans trouver des nigauds qui vous regardent et se mettent à rire! Hé! messieurs les badauds, faites vos affaires, et laissez passer les personnes sans leur rire au nez. Je me donne, au diable, si je ne baille un coup de poing au premier que je verrai rire.

SBRIG.VNI , parlant aux mêmes personnes.

Qu’est-ce que c’est, messieurs? que veut dire cela.^ A qui en avez-vous? Faut-il se moquer ainsi des honnêtes étrangers qui arrivent ici?

MONSIEUR DE POÜRCEAUGNAC

Voilà un homme raisonnable, celui-là.

SCRIGANI.

Quel procédé est le vôtre? et qu’avez-vous à rire?

MONSIEUR DE POÜRCEAUGNAC.

Fort bien.

SBRIGANI

Monsieur a-t-il quelque chose de ridicule en soi?

MONSIEUR DE POÜRCEAUGNAC.

Oui.

SBRIGANI

Est-il autrement que les autres?

MONSIEUR DE POÜRCEAUGNAC.

Suis-je tortu ou bossu?

Apprenez à connoitre les gens.

^ MONSIEUR DE POÜRCEAUGNAC.

C’est bien dit.

SBRIGANI

Monsieur est d’une mine à respecter.

MONSIEUR DE POÜRCEAUGNAC.

Cela est vrai.

SBRIGANI

Personne de condition.

MONSIEIR DE POÜRCEAUGNAC.

Oui; gentilhomme limosin.

SBRIGANI

Homme d’esprit.

MONSIEUR DE POÜRCEAUGNAC.

Qui a étudié en droit.

SBRIGANI

Il vous fait trop d’honneur de venir dans votre ville.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Sans doute.

SBRIGANI

Monsieur n’est point une personne à faire rire.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Assurément.

SBRIGANI

Et quiconque rira de lui aura affaire à moi.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC, à Sbiigani.

Monsieur, je vous suis inüniment obligé .

SBRIGANI

Je suis fâché , monsieur, de voir recevoir de la sorte une personne comme vous ; et je vous demande pardon pour la ville.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Je suis votre serviteur.

SBRIGANI

Je vous ai vu, ce matin, monsieur, avec le coche, lorsque vous avez déjeuné ; et la grâce avec laquelle vous mangiez votre pain m’a fait naître d’abord de 1 amitié pour ^ous; et, comme je sais que vous n’êtes jamais venu en ce pajs, et que vous y êtes tout neuf, je suis bien aise de vous avoir trouvé, pour vous offrir mon service à cette arrivée, et vous aider à vous conduire parmi ce peuple, qui n’a pas parfois, pour les honnêtes gens, toute la considération qu’il faudroit.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

C’est trop de grâce que vous me faites.

Je vous l’ai déjà dit ; du moment que je vous ai vu , je me suis senti pour vous de l inclination.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Je vous suis obligé.

SBRIGANI

Votre physionomie m’a plu.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Ce m’est beaucoup d’honneur.

SBRIGANI

J’y ai vu quelque chose d’honnête.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Je suis votre serviteur.

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