ACTE I, SCÈNE VI. U
ÉRASTE
Est-il possible que cinq ou six années m’aient ôté de votre mémoire , et que vous ne reconnoissiez pas le meilleur ami de toute la famille des Pourceaugnac?
MONSIEUR DE POÜRCEAÜGNAC.
Pardonnez-moi. (Bas, à sbrigani.) Ma foi, je ne sais qui il est.
ÉRASTE
Il n’y a pas un Pourceaugnac à Limoges que je ne connoisse, depuis le plus grand jusques au plus petit; je ne fréquentais qu’eux dans le temps que j’y étois, et j’avois l’honneur de vous voir presque tous les jours.
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
C’est moi qui l’ai reçu, monsieur.
ÉRASTE
Vous ne vous remettez point mon visage?
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
Si fait. (A Sbrigani.) Je ne le connois point.
ÉRASTE
Vous ne vous ressouvenez pas que j’ai eu le bonheur de boire je ne sais combien de fois avec vous ?
Excusez-moi. (a sbrigani.) Je ne sais ce que c’est.
ÉRASTE
Comment appelez-vous ce traiteur de Limoges qui fait si bonne chère ? «
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
Petit-Jean ?
ÉRASTE
e voilà. Nous allions le plus souvent ensemble nous réjouir. Comment est-ce que vous nommez à ce lieu où l’on se promène?
chez lui Limoges
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
Le cimetière des Arènes?
ERASTE
de ÏÏrTr^' heures à jouir
tl X? convemlion. Vous ne vous ren,ellei pus
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
Si j^rJI’Tn'srv icng™*' ’
MONSIEUR DE FOURCEAUCNAC.
SBRICANI, bas, à monsieur de Poiirccaugnac-
Il y a cent choses comme cela qui passent de la tète.
ÉRASTE
Embrassez-moi donc, je vous prie, et resserrons les nœuds de notre ancienne amitié,
SBRIGAiSI, à monsieur de Pourceaugnac.
Voilà un homme qui vous aime fort.
ÉRASTE
Dites-moi un peu des nouvelles de toute la parenté. Comment se porte monsieur votre... là... qui est si honnête homme?
MONSIEUR DE POljRCEABCSAC.
Mon frère le consul?
ÉRASTE
Oui.
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
11 se porte le mieux du monde.
ÉRASTE
Certes, j’en suis ravi. Et celui qui est de si bonne humeur? Là... monsieur votre...
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
Mon cousin l’assesseur?
ÉRASTE
Justement.
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
Toujours gai et gaillard.
ÉRASTE
Ma foi, j’en ai beaucoup de joie. Et monsieur votre oncle? Le,..
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC. i
Je n’ai point d’oncle. '
ÉRASTE
Vousauiez pourtant en ce temps-là...
MONSIEUR DE POU RCEAUGNAC
Non : rien qu’une tante.
ÉRASTE. t-
C’est ce que je voulois dire, madame votre tante. Com-
ment se poi'te-t-elle?
MONSIEUR DE POURCE.VUGNAC
Elle est morte depuis six mois.