‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 105 sur 479 · SCÈNE VIT. - SGANARELLE. «ui · texte numérisé non relu

SCÈNE VIT. - SGANARELLE. «ui

Âhl mes gages I mes gages! Voilà, par sa mort, un chacun satisfait. Ciel offensé, lois violées, filles séduites, familles déshonorées, parents outragés, femmes mises à mal, maris poussés à bout, tout le monde est content; il n'y a que moi seul de malheureux. Mes gages , mes gages , mes gages!

Fin- DU FESTIN PE PIEIKE.

COMÉDIE-BALLET EN TROIS ACTES

l'Amour médecin est, dans la plus stricte acception du mot, un impromptu, puisqu'il fut composé, appris et représenté dans l'espace de cinq jours. Il fut donné à Versailles le 15 septembre 1665, et à Paris, sur le théâtre du Palais-Royal, le 23 du même mois.

On a dit et souvent répété que VAmour médecin était le premier acte d'hostilité de Molière, et comme sa déclaration de guerre contre la faculté. Mais cette remarque est complètement inexacte, puisque déjà les médecins avaient été attaqués dans le Festin de Pierre, acte III, scène i.

On a dit aussi que Molière avait composé cette pièce pour se venger des insultes que la femme d'un praticien aurait adressées à sa propre femme ; mais ce fait a été contesté, et avec raison^ ce nous semble, par les commentateurs les plus sérieux , qui ont cherché dans des motifs moins personnels la cause des moqueries de notre auteur, et Tout trouvée tout naturellement dans les ridicules de ceux qui pratiquaient l'art de guérir, et aussi dans l'impuissance trop souvent démontrée de cet art.

Qu'on se reporte en effet au dix-septième siècle. A cette date, la médecine, fidèle encore aux traditions du moyen âge, ne reposait sur aucune observation positive. On invoquait Hippocrate, mais c'était là avant tout une affaire d'érudition ; et personne dans la pratique ne profitait de la science de ce grand homme. On le citait souvent sans le comprendre. On attribuait au hasard, à tel ou tel remède, des propriétés merveilleuses; chacun avait sa panacée universelle, et les esprits positifs pouvaient, avec d'autant plus de raison, se montrer sceptiques, qu'on affichait vis-à-vis d'eux une plus grande confiance, et que souvent cette confiance n'était que trop cruellement démentie par les faits.

Déjà compromis par leur ignorance, les médecins se compro • mettaient encore par leur formalisme et l'appareil d'un vain

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cérémonial ; et Molière n'était pas seul à saisir leurs ridicules, comme le témoignent les vers suivants :

Alfecter un air pédanlesquo, Cracher dn grec et du lalir.

Longue perruque, habit grotesque.

De la fourrure et <lu satin.

Tout cela réuni fait presque Ce qu'on appelle un médecin.

Molière, qui poursuiyait impitoyablement les pédants de toute*; les classes et de toutes les nuances, et les charlatans de savoir comme les charlatans de vertu, Macroton comme Tartufe, Molière, avec son génie observateur, n'avait qu'à choisir des types. On se rappelait ce qui s'était passé au lit de mort de Masarin, lors de la consultation faite à Vincennes entre Guenaut, Desfongerais, Brayer et Valot, qui voulaient, l'un que le cardinal fut malade du foie, l'autre du mésentère, le troisième tle la rate, le dernier du poumon'.

Le public assistait en riant aux débats sur le vin émétique, aux factums lancés par les facultés de Rouen et de Marseille contre les apothicaires de ces deux villes. La comédie se disposait pour ainsi dire d'elle-même, Molière n'avait plus qu'à l'arranger pour la scène.

M. Bazin, que nous avons souvent occasion de citer, parce quil pénètre toujours avec une ingénieuse sagacité les plus intimes détails de la vie de notre auteur, dit, à l'occasion de la pièce qui nous occupe : a On a cherché un motif puéril à cette violente déclaration de guerre contre la médecine et les médecins *, nous croyons qu'on serait plus près de la vérité en lui donnant une cause affligeante. Cet homme, qui se moquait si bien des prescriptions et des remèdes, se sentait malade. Avec une dose ordinaire de faiblesse, il aurait demandé à tous les traitements une guérison peut-être impossible. Ferme et emporté comme il

' C'est entre le» mains de ce même Talot que mourut Henriette d'Angieterre, pour avoir pris une dose d'opium administrée à contre- temps : cet cvénemeni donna lieu à l'épigramme suivante :

Le croirei-vous, race future, Que la iSlle du grand Henri Eut, en mourant, même aventure Que feu son père et son mari !

Tous trois sont morts par assassin.

Bavaillâc, Cromwell, médecin -.

Henri, d'un coup de baïonnette, Cliarles finit sur un billot, Et maintenant meurt Henriette Par l'ignorance de Valot.

* Il s'ftgil de la querelle entre les deux femmes, dont nous avons parlé plus baut.

était, il aima mieux nier d'une manière absolue le pouvoir de la science, lui fermer tout accès auprès de lui, et employer ce qui lui restait de santé à remplir sa vie selon son goût et sa passion. Il y avait donc dans son fait, à l'égard de la médecine, quelque chose de pareil à la révolte du pécheur incorrigible contre le ciel, une vraie bravade d'incrédulité ; mais il la soutint avec tant de constance et de bonne humeur, il se livra lui-même si gaiement pour enjeu à cette folle gageure, qu'on ne peut se défendre d'une admiration compatissante en voyant une raillerie, qui naît du désespoir, ne s'arrêter que par la mort. » C'est là une conjecture très vraisemblable, et comme nous aurons occasion de revenir plusieurs fois encore sur les attaques de Molière contre les médecins, nous avons cru devoir la rapporter ici, pour n'avoir plus une autre fois à chercher la cause première de ces attaques qui seront éternellement célèbres.

Les quatve praticiens qui figurent dans cette comédie, étaient les quatre premiers médecins de la cour : Desfougerais, Esprit, Guenaut et Dacquin. «Conmie Molière vouloit, dit Gizeron-Rival, déguiser leurs noms, il pria M. Despréaux de leur en faire de convenables. Il en fit en effet qui étoient tirés du grec, et qui marquoient le caractère de chacun de ces médecins. Il donna à M. Desfougerais le nom de Desfonandrès, qui signifie tueur d'hommes, à M. Esprit, qui bredouilloit, celui de Bahis, qui signifie jappant, aboyant; Macroton fut le nom qu'il donna à M. Guenaut, parcequ'il parloit fort lentement; et enfin celui dé Tomes, qui signifie un saignevr, à M. Dacquin, qui aimoit beaucoup la saignée. »

Si l'on s'en rapporte aux témoignages des contemporains^ ces quatre personnages méritaient de tous points les sarcasmes de Molière. « Je ne crois pas, dit Guy Patin en parlant de Desfougerais, qu'il y ait sur la terre un charlatan plus déterminé et plus perverti que ce malheureux chimiste , boiteux des deux côtés comme Yulcain, qui tue plus de monde avec son antimoine que trois hommes de bien n'en sauvent avec les remèdes ordinaires. Je pense que si cet homme croyoit qu'il y eût au monde un plus grand charlatan que lui, il tàcheroit de le faire empoisonner. Il a dans sa pochette de la poudre blanche, de la rouge, et de la jaune. Il guérit toutes sortes de maladies, et se fourre partout. »

Dacquin n'est pas mieux traité. Guy Patin l'appelle « pauvre cancre, race de juif, grand charlatan. C'est un médecin de la cour, qui est véritablement court de science ; mais riche en fourberies chimiques et pharmaceutiques. »

Molière, par l'École des Femmes, s'était fait les prudes pour ennemies; par {a Critique, il souleva contre lui les précieuses et les marquis; par les premiers actes de Tartufe et par Don Juan,

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