ACTE I, SCÈNE IV. AU
et n'aurois-je pas autant gagaé à le tenir caché toute ma vie? Crois-tn que je n'aie pas bien prévu tout ce que lu vois maintenant, que je ne susse pas à fond tous les sentiments de mon père, et que le refus qu'il a fait porter à celui qui m'a demandée par un ami n'ait pas étouffé dans mon ame toute sorte d'espoir?
LISETTE
Quoi ! c'est cet inconnu qui vous a fait demander, pour qui vous...?
LUCINDE
Peut-être n'est-il pas honnête à une fille de s'expliquer si librement; mais enfin je t'avoue que, s'il in'étoit permis de vouloir quelque chose, ce seroit lui que je voudrois. Nous n'avons eu ensemble aucune conversation, et sa bouche ne m^a point déclaré la passion qu'il a pour moi ; mais dans tous les lieux où il m'a pu voir, ses regards et ses actions m'ont toujours parlé si tendrement, et la demande qu'il a fait faire de moi m'a paru d^un si honnête homme, que mon cœur n'a pu s empêcher d'être sensible à ses ardeurs; et cependant tu vois où la dureté de mon père réduit toute celte tendresse.
LISETTE
Allez, laissez-moi faire. Quelque sujet que j'aie de me plaindre de vous du secret que vous m'avez fait, je ne veux pas laisser de servir votre amour ; et, pourvu que vous ayez assez de résolution...
LUCINDE
Mais que veux-tu que je fasse contre Tautorité d'un père? Et, s'il est inexorable à mes vœux...
LISETTE
Allez, allez, il ne faut pas se laisser mener comme un oison ; et pourvu que l'honneur n'y soit pas offensé, on peut se libérer un peu de la tyrannie d'un père. Que prétend-il que vous fassiez? N'étes-vous pas en âge d'être mariée? et croit-il que vous soyez de marbre? Allez, encore un coup, je veux servir votre passion : je prends dés à présent sur moi tout le soin de ses intérêts, et vous verrez que je sais des détours... Mais je vois votre père. Rentrons, et me laissez agir.