‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 135 sur 479 · ACTE IIÎ, SGËNE YI · texte numérisé non relu

ACTE IIÎ, SGËNE YI

LUCINDB.

Je puis vous dire la même chose; et je sens, comme \ons, des mouvements de joie qui m'empécbeut de pouvoir parler.

CLITANDRE

Âhl madame, que je serois heureux s'il étoit vrai que vous sentissiez tout ce que je sens, et qu'il me fût permis de juger de votre ame par la mienne ! Mais , madame , puis-je au moins croire que ce soit à vous à qui je doive la pensée de cet heureux stratagème qui me fait jouir de votre présence?

LUCINDE

Si vous ne mVn devez pas la pensée , vous m'êtes redevable au moins d'en avoir approuvé la proposition avec beaucoup de joie.

SGANARELLE , à Lisette.

H me semble qu^il lui parle de bien prés.

LISETTE, à Sgaoarellc.

C'est qu'il observe sa physionomie et tous les traits de son visage.

CLIT ANDRE, àLucinde

Serez-vous constante, madame, dans ces bontés que vous me témoignez?

LUCINDE

Mais vous, serez-vous ferme dans les résolutions que vous avez montrées?

GLITANDRE.

Ah 1 madame, jusqu'à la mort. Je n'ai point de plus forte envie que d'être à vous, et je vais le faire paroître dans tout ce que vous m'allez voir faire.

SGANARELLE, à CUUudre.

Hé bien! notre malade? Elle me semble un peu plus gaie.

' CLITANDRE

C'est que j'ai déjà fait agir sur elle un de ces remèdes que mon art m'enseigne. Comme l'esprit a grand empire sur le corps, et que c'est de lui bien souvent que procèdent les maladies, ma coutume est de courir à guérir les esprits avant que de venir aux corps. J'ai donc observé ses regards , les traits de son visage, et les lignes de ses deux mains; et, par la science que le ciel m'a donnée, j'ai reconnu que c'éloit de l'esprit qu'elle étoit malade, et que tout son mal ne venoit

que d'une imagination déi*églée, d'un desir dépravé de vouloir être mariée. Pour moi, je ne vois rien de plus eitravagaat et de plus ridicule que cette envie qu^on a du mariage.

SGANARELLE, k part.

Voilà un habile homme !

CLITANDRE

El j'ai eu et aurai pour lui toute ma vie une aversion effroyable.

SGÂNARELLE, à part

Yoilà un grand médecin f

CLITANDRE

Mais, comme il faut flatter Tima^ination des malades, et que j*ai vu en elle de Taliénalion d'esprit, et même qu'il y avoit du péril à ne lui pas donner un prompt secours, je Tai prise par son foibic , et lui ai dit que j'étois venu ici pour vous la demander en mariage ^ Soudain son visage a changé, son teint s'est éclairci, ses yeux se sont animés ; et, si vous voulez, pour quelques jours, Tentrelenir dans cette erreur, vous verrez que nous la tirerons d'où elle est.

SGANARELLE

Oui-dà, je le veux bien.

CLFTANDRE.

Après y nous ferons agir d'autres remèdes pour la guérir entièrement de cette fantaisie.

SGANARELLE

Oui, cela est le mieux du monde. Hé bieni ma fille, voilà monsieur qui a envie de t'épouser, et je lui ai dit que je le voulois bien.

LUC1NDE.

Hélas! est-il possible?

SGANARELLE

Oui.

LUCINDE

Mais, tout de bon?

SGANARELLE

Oui, oui.

LUCINDE, àCliUndre.

Quoi I VOUS êtes dans les sentiments d'être mon mari?

* Var. El lui ai dit que j*tftois renu ici pour la demander en mariage.

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