ACTE II, SCÈNE I
AGLANTC.
Pour moi , je tiens que cette passion est la plus agréable nITaire de la vie ; qu'il est n<^cessaire d'aimer pour vivre heureusement, et que tous les plaisirs sont fades, s'il ue 8*y mêle un peu d^amour.
Pouvoz-vous bien toutes deux, étant ce que vous êtes, prononcer ces paroles? et ne devez-vous pas rougir d'appuyer une passion qui n'est qu'erreur, que foi blesses et qu'empor» lement, et dont tous les désordres ont tant de répugnance avec la gloire de notre seie? J'en prétends soutenir l'Iion* neuf jusqu'au dernier moment de ma vie, et ne veux point da tout me commettre à ces gens qui font les esclaves auprès de nous , pour devenir un jour nos tyrans. Toutes ces larmes, tous ces soupirs, tous ces hommages, tous ces respects, sont des embûches qu'on tend à notre cœur, et qui souvent l'engagent à commettre des lâchetés. Pour moi , quand je regarde certains exemples , et les bassesses épouvantables où cette passion ravale les personnes sur qui elle étend sa puissance, je sens tout mon cœur qui s'émeut; et je ne puis souffrir qu'une a me, qui fait profession d'un peu de fierté, ne trouve pas une honte horrible à de telles foiblesses.
CYNTHIE
Ué! madame, il est de certaines foiblesses qui ne sont point honteuses, et qu4l est beau même d'avoir dans les plus hauts degrés de gloire. J'espère que vous changerez un jour dépensée; et, s'il plait au ciel, nous verrons votre cœur, avant qu'il soit peu...
Lk PRINCESSE
Arrêtez. N'achevez pas ce souhait étrange. J'ai une horreur trop invincible pour ces sortes d'abaissements ; et, si jamais j'étois capable d'y descendre, je serois personne, sans doute, à ne me le point pardonner.
AGLANTE
Prenez garde, madame , l'Amour sait se venger des mépris que Ton fait de lui; et peut-être...
Non, non, je brave tous ses traits; et le grand pouvoir qu'on lui donne n'est rien qu'une chimère, et qu'une excuse des foibles cœurs, qui le font invincible pour autoriser leur foiblesse.
lU 3
CYNTHIE
Mais, enfin, toute la terre reoonnoit sa puissance^ et vons voyez que les dieux mêmes sont assujettis à son empire. On nous fait voir que Jupiter n'a pas aimé pour une fois, et que Diane même, dont vous affectez tant l'exemple, n'a pas rougi de pousser des soupirs d'amour.
Les croyances publiques sont toujours mêlées d'erreur. Ijes dieux ne sont point faits comme les fait le vulgaire; et c'est leur manquer de respect, que de leur attribuer les foiblesses des hommes.