‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 22 sur 479 · THÉOCLE, LA PRINCESSE. AGLANTE. CYNTHIE, PHIUS, MORON · texte numérisé non relu

THÉOCLE, LA PRINCESSE. AGLANTE. CYNTHIE, PHIUS, MORON

LA PRINCESSE, à Iphitas.

Seigoeur, je vous demande la licence de prévenir par deux paroles la déclaration des pensées que vous pouvez afoir. Il y a dçux vérités , seigneur , aussi constantes Tune que l'autre , et dont je puis vous assurer également : Tune , qœ vous av«z on absolu pouvoir sur moi , et que vous ne sauriez m'ordonner rien où je ne réponde aussitôt par une obéissance aveugle; l'autre, que je regarde Tbyménée ainsi que le trépas, et qu^il m'est impossible de forcer cette aversion naturelle. Me donner un mari, et me donner la mort, c'est une même chose; mais votre volonté va la première, et mon obéissance m est bien plus chère que ma vie. Après cela parlez, seigneur; prononcez librement ce que vous voulez.

IPHITAS.

Ma 611e, tu as tort de prendre de telles alarmes ; et je me plains de toi , qui peux mettre dans ta pensée que je sois assez mauvais père pour vouloir faire violence à tes sentiments, et me servir tyranniquement de la puissance que le ciel me donne sur toi. Je souhaite, à la vérité, que ton cœur poisse aimer quelqu'un. Tous mes vœux seroîcnt satisfaits, si cela pouvoit arriver : et je n'ai proposé les fêles et les jeux que je fais célébrer ici , qu'afin d'y pouvoir attirer tout ee que la Grèce a d'illustre, et que, parmi celte noble jeunesse, tu puisses enfin rencontrer où arrêter tes yeux et dëtermiuertes pensées. Je ne demande, dis-je, au ciel autre bonheur que celui de te voir un époux. J'ai, pour obtenir celle

grâce, fait encore ce matin un sacrifice à Vénus; et, si je sais bien expliquer le langage des dieux, elle m'a promis un miracle. Mais , quoi quil en soit , je veux en user avec loi en père qui chérit sa fille. Si lu trouves où attacher les vœux, (on choix sera le mien , et je no considérerai ni intérêt d'Ëlat, ni avantages dalliauce; si ton cœur demeure insensible, je n'entreprendrai point de le forcer; mais au moins sois complaisante aux civilités qu'on te rend, et ne m'oblige point à faire les excuses de ta froideur. Traite ces princes avec Teslime que tu leur dois, reçois avec reconnoissance les témoignages de leur zèle, et viens voir celte course où leur adresse va paroitre.

THÉOCLE, à la princesse.

Tout le monde va faire des efforts pour remporter le prix de cette course. Mais , à vous dire vrai , j'ai peu d'ardeur pour la victoire, puisque ce n'est pas votre cœur qu'on y doit disputer.

AP.ISTOMÈNE.

Pour moi, madame, vous êtes le seul prix que je me propose partout. C'est vous que je crois disputer dans ces cx>mbats d'adresse , et je n'aspire miaintenant à remporter i honneur de cette course, que pour obtenir un degré de gloire qui m'approche de votre cœur

EUnYALE.

Pour moi , madame , je n y vais point du tout avec cette pensée. Comme j'ai fait toute ma vie profession de ne rien aimer, tous les soins que je prends ne vont point où tendent les autres. Je n'ai aucune prétention sur votre cœur, et le seul honneur de la course est tout l'avantage où j'nspire.

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