SCÈNE XI. ~ GÉRONTE, LÉANDRE, LLCiNDK SGANARELLE, LUCAS, MARTINK
LÉANDRE
Monsieur, je viens faire paroître Léaudre à vos yeux, et
remeltic Lucinde en votre pouvoir. Nous avons eu dessoin de prendre la fuite nous deux, et de nous aller marier ensemble; mais celle entreprise a fait place à un procédé pins hoonéle. Je ne prétends point vous voler votre fille, et ce n'est que de votre main que je veux la recevoir. Ce que je vous dirai, monsieur, c'est que je viens tout à l'heure de recevoir des lettres par où j'apprends que mon oncle est mort» et que je suis béritioi*. de tous ses biens.
Monsieur, votre vertu m'est tout à fait considérable, et je vous donne ma fille avec la plus grande joie du monde.
SGANÀRELLE, à part.
La médecine Ta échappé belle!
MARTINE4 Puisque tu ne seras point pendu, rends-moi grâce d être médecin, car c'est moi qui t'ai procuré cet honneur.
SGANÀBELLE.
Ont ! c'est toi qui m'as procuré je ne sais combien de coups de bâton.
LÉAMDRE, à Sganarellc.
L'effet en est trop beau pour eii garder du ressentiment.
SGANARELLC.
S(i1t. (à variine.) Je te pardonne ces coups de bâton en faveur de la dignité où tu m'as élevé : mais prépare-toi désormais à vivre dans un grand respect avec un homino de usa conséquence, et songe que la colère d'un médecin est plus à craindre qu'on ne peut croire.
ri.N DU MÉDECIN MALGRÉ MJl.
MÉLICERTE
NOTICfo
Cette pièce, restée inachevée^ fut composée pour figurer au nombre des divertissements dé la fête célèbre connue sous le nom de Ballet des Muses, et qui eut lieu à Saint-Germain, en décembre 1666. La plupart des commentateurs se sont demandé pourquoi Molière n'avait point terminé cet ouvrage, qui offre, en bien des points, beaucoup de charme et de fraîcheur. M. Aimé Martin donne de ce fait l'explication suivante : « Molière avait compose Mélicerte dans le dessein de faire valoir à la cour les grâces naissantes du jeune Baron, qu'il aimait comme son fils, et pour qui il avait composé le rôle de Myrtil. Peu de temps avant la représentation du Ballet des Muses, le jeune Baron, qui demeurait chez Molière, ayant essuyé quelques mauvais traitements de la femme de ce dernier, se retira chez la Raisin. Tout cù qu'on put obtenir de lui, c'est qu'il remplirait à la fête de ia cour son rôle dans Mélicerte. Les caresses de Molière n'ayant pu apaiser son ressentiment, il eut la hardiesse de demander lui-même au roi la permission de se retirer, et cette permission lui fut accordée. Alors Molière négligea de terminer un ouvrage qui désormais était sans but. »
Le sujet de Mélicerte est emprunté à l'épisode de Timarête et Sésostris, qui se trouve dans Cyrus, roman de mademoiselle de Scudéry.
Cette pièce fut achevée en 1699 par un fils de la veuve de' Molière, ué de son second mariage avec le comédien Détriché, connu au tliéâtre sous le nom de Guérîn. Guérin fils changea la versification des deux premiers actes, qu'il mit en vers libres et irréguliers. Il conduisit l'action jusqu'au dénoùment, et y joignit des intermèdes ; mais cette tentative ne fut point heureuse.
PERSONNAGES
MÉLICBRTB, bergère '.
DAPHNÉ, ber}(ère *•
ÂROXÈNE, bergère *.
MTRTIL, amanl de Méiicifrte *.
ACANTHE, amant de Dapbné *.
TTBÈNB, amant d'iiroxène *.
LTCAftSIS, pâtre, cru père de Myrtil '.
COBINNB, confidente de Mélieerie*.
NICANDRB, berger.
MOPSB, berger, cru oncle de Mélîcertc.
La scèoe est eD Thessalie, dans la vallée de Tempe.