‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 234 sur 479 · ACTE I, SGËNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SGËNE II

DAfHNÉ.

Donne. De cette erreur ta rêverie est eause.

ÉROXÈNE. '

Que veut dire ceci? Nous nous jouons, je croi : Tu fais de ces portraits même chose que moi.

DAPHNÉ

Certes, c'est pour en rire, et tu peux me le rendre.

ÉBOXÈNE, mctUnt les <deux portraiu Vuo à côU: ife l'antre.

Voici le vrai moyen de ne se point méprendre.

DAPHNÉ

De mes sens prévenus est-K;e une illusion?

ÉROXÈNE.

Mon ame sur mes yeux fait-elle impression?

DAPHNÉ

Myrtil à mes regards s'offre dans cet ouvrage.

ÉROXÈNE.

De Myrtil dans ces traits je rencontre Timage.

DAPHNÉ

C'est le jeune Myrtil qui fait naître mes feux.

ÉROXENE.

CVst au jeune Myrtil que tendent tous mes voeux.

DAPHNÉ

Je venois aujourd'hui le prier de lui dire

Les soins que pour son sort son mérite m'inspire.

ÉROXÈNE.

Je venois te chercher pour servir mon ardeur, Dans le dessein que j'ai de m'assurer son cœur.

DAPHNÉ

Celle ardeur qu'il t'inspire est-elle si puissante?

ÉROXÈNE.

L'aimes-tu d'une amour qui soit si violente?

DAPHNÉ

11 n'est pointée froideur qu'il ne puisse enflammer, lit sa grâce naissante a de quoi te charmer.

ÉROXÈNE.

H n'est nymphe en l'aimant qui ne se tint heureuse; Va Diane, sans honte, en seroil amoureuse.

DAPHNÉ

Uien que son air charmant ne me touche nujotiixt'bui, Kl si j'avois cent cofturs, ils serojent tous pour kii.

296 IIËLIGEKTË.

Il efface à mes yeux (out ce qu'on voit paroi (re ; Et si j'avois un sceptre, il en serait le maître.

DAPHKÊ.

Ce scroit doue en vain qu'à chacune, en ce jour, On nous voudrait du sein arracher cet amour : Nos aines dans leurs vceux sont trop bien affermiez:. Ne tâchons, s'il se peut, qu'à demeurer amies ; Et, puisqu'on même temps, pour le même sujet, Nous avons toutes deux formé même projet, Mettons dans ce débat la franchise en usage, Ne prenons Tune et l'autre aucun lâche avantago, Et courons nous ouvrir ensemble à Lycarsis Des tendres sentiments où nous jette son fils.

ÉROXÈNE.

J'ai peine à concevoir, tant la surprise est forte. Comme un tel fils est né d'un père de la sorte ; Et sa taille, son air, sa parple, et ses yeux, Feroient croire qu'il est issu du sang des dieux. Mais enfin j'y souscris, courons trouver ce père, Allons lui de nos cœurs découvrir le mystère ; Et consentons qu'après, Myrlil entre nous deux Décide par son choix ce combat de nos vœux.

OAPHNÉ.

Soit. Je vois Lycarsis avec Mopse et Nicandre.

Ils pourront le quitter, cachons-nous pour attendre.

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