ACTE I, SCÈNE V
Foiil que nous renversons ici l'ordre des choses.
DAPIINÉ.
Nous vous laissons, Myrfil, pour Tavis le meilleur, Consulter^ sur ce choix, vos yeux et votre coeur; Et nous n'en voulons point prévenir les suffrages Par un récit paré de tous nos avantages.
MYRTIL
C'est nie faire un honneur dont l'éclat me surprend;
lilats cet honneur, pour moi, je l'avoue, est trop grand.
A >os rares bontés il faut que je m'oppose ;
Pour mériter ce sort, je suis trop peu de ciiose ;
Et je serois fâché, quels qu'en soient les appas.
Qu'on vous blâmât pour moi de faire un choix trop bas.
ÉROXÈNE.
Contentez nos désirs, quoi qu'on en puisse croire, Et ne vous chargez point du soin de notre gloii'e.
DAPIINÉ.
Non, ne descendes point dans ces humilités, El laissez-nous juger ce que vous méritez.
MYUTIL.
Le choix qui m'est offert s'oppose à voire attente, Et peut seul empêcher que mon cœur vous contente. Le moyen de choisir de deux grande^ beau tés, Égales en naissance et rares qualités?
Hejeter Tune ou Tau Ire est un crime effroyable, Et n^en choisir aucune est bien plus raisonnable.
ÉROXÈNE,
Mais en faisant refus de répondre à nos vœux. Au lieu d'une, Myrtil; vous en outragez deux.
DAPHNÉ
Puisque nous consentons à l'arrêt qu'on peut rendre, Ces raisons ne font rien à vouloir s'en défendie.
MYRTIL
Ué bien ! si ces raisons ne vous satisfont pas. Celle-ci le fera : j'aime d'autres appas; Et je sens bien qu'un c<eur qu'un bel objet engage Est insensible et sourd à tout autre avantage.
LYCAR81S.
Comment donc! Qu'est ceci? Qui l'eût pu présumer? Et savez- vous, morveux, ce que c'est que d'aimer?
ôiU MÊLlCtHTt.
MYRTIL
Sans s<ivoir ce que c'csl, iimn cœur a su le faire.
LTCARSIS.
Mais cet arnour me clioque, et n est pas nécessaire.
HTDTTL.
Vous ne deviez donc pas, si cela vous déplaît, Me faire un cœur sensible et tendre comme il est.
LTCARSIS.
Mais ce cœur que j'ai fait me doit obéissance.
MTRTIL.
Oui, lorsque d'obéir il est en sa puissance.
LTCARSIS.
Mais entin, sans mon ordre, il ne doit point aimer.
MTRTIL.
Que n'enipèchiez-vous donc que l'on pût le charmer?
LTCARSIS.
lié bien! je vous défends que cela continue.
MTUTIL.
La défense, j'ai peur, sera trop tard venue.
LTCARSIS.
Quoi! les pères n'ont' pas des droits supérieurs?
MTRTIL.
Los dieux, qui sont bien plus, ne forcent point les cœurs
LTCARSIS.
Les dieux... Paix, petit sot. Celte philosophie Me...
DAPHNÉ
Ne VOUS mêliez point en courroux, je vous prie.
LTCARSIS.
Non : je v,eux qu'il se donne à Tune pour époux, Ou je vais lui donner le fouet tout devant vous. Ah! ah! je vous ferai sentir que je suis père.
DAPHNF.
Traitons, de grâce, ici les choses sans colère.
ÉROXÈNE.
Peut-on savoir de vous cet objet si charmant, Dont la beauté, Myrtil, vous n fait son amant?
MTRTIL.
Mélicerte, madame. Elle en peut faire d'autres.
ÉROXtNF.
Vous comparez, Myrtil, ses qualités aux nôtres?