SCÈNE III. — ADRASTE, DEUX LAQUAIS, portant chacun uu flambeau ; HALL
ADRASTE
Est-ce toi, Hali?
HALI
Et qui pourroit-ce être que moi? A ces heures de nuit, hors vous et moi, monsieur, je ne crois pas que personne s'avise de courir maintenant les rues.
ADRASTE
Aussi ne crois-je pas qu'on puisse voir personne qui seule dans son cœur la peine que je sens. Car, enfin, ce n'est rien d'avoir à combattre Tindifférence ou les rigueurs d'une beauté qu'on aime, on a toujours au moins le plaisir de la plainte, et la liberté des soupirs ; mais ne pouvoir trouver aucune occasion de parler à ce qu'on adore, ne pouvoir savoir d'une belle si l'amour qu'inspirent ses yeux est pour lui plaire ou lui déplaire, c'est la plus fâcheuse, à mon gré, de toutes les inquiétudes; et c'est où me réduit l'incommode jaloux qui veille, avec tant de souci, sur ma charmante Grecque, et ne fait pas un pas sans la traîner à ses côtés.
lière s'y est surveillé. Au contraire, V Avare est presque tout en vers libres, comme Amphitryon. L'auteur n'a pas eu le temps d'y attacher les rimes, mais la mesure y est déjà *.
11 n'y a qu'à ouvrir au hasard. (P. Gcnin.)
'Scaramouche étoil un personnage bonfîon de l'ancien théâtre italien, qui ëioil habillé de noir de la tète aux pieds, ci dont le masque même éloit rayé de noir au fronl, aux joues et au menton. (Aitgcr.)
' Voir pour les exemples cilés par M. Génin, le Lexique^ au mot Vers blancs.
HALI
Mais il est, en amour, plusieurs façons de se parler ; et il me semble, è moi, que vos yeux et les siens, depuis prés de deui mois, se sont dit bien des choses.
ADRASTE
Il est vrai qu'elle et moi souvent nous nous sommes parlé des yeux ; mais comment reconnoitre que, chacun de noire côté, nous ayons, comme il faut, expliqué ce langa^^e? Et que sais-je, après tout, si elle entend bien tout ce que mes regards lui disent, et si les siens me disent ce que je crois parfois entendre ?
HALI
Il faut chercher quelque moyen de se parler d'autre manière.
ADRASTE
As- tu là tes musiciens?
HALI
Oui.
ADRASTE
Fais-les approcher. (Seul.) Je veux jusques au jour les taire ici chanter, et voir si leur musique n'obligera point cette belle à paroi tre à quelque fenêtre.