SCÈNE VII
m'assurer la possession d'un cœur dont je ne puis souffrir qu'on me vole la moindre chose.
ISIDORE
Certes, voulez-vous que je dise ? vous prenez un mauvais parti ; et la possession d'un cœur est fort mal assurée, lorsqu'on prétend le retenir par force. Pour moi, je vous l'avoue, si j'étois galant d'une femme qui fèt au pouvoir de quelqu'un, je me (trois toute mou étude à rendre ce quelqu'un jaloux., et l'obliger à veiller nuit et jour celle que je voudrois gagner. C'est un admirable moyen d'avancer ses affaires, et l'on ne tarde guère à profiter du chagrin et de la colère que donne à l'esprit d'une femme la contrainte et la servitude ^
DON PÈDRË.
Si bien donc que si quelqu'un vous en contoit^ il vous Irouveroit disposée à recevoir ses vœux?
ISIDORE
Je ne vous dis rien là-dessus. Mais les femmes, enfin, n'aiment pas qu'on les gêne; et c'est beaucoup risquer que de leur montrer des soupçons, et de les tenir renfermées. DON pèdre:
Vous reconnoissez peu ce que vous me devez; et il me semble qu'une esclave que l'on a affranchie, et dont on veut faire sa femme...
ISIDORE
Quelle obligation vous ai-je, si vous changez mon esclavage en un autre beaucoup plus rude, si vous ne me laissez jouir d'aucune liberté, et me fatiguez, comme on voit, d'une garde continuelle? .
DON PÈDRE
Mais tout cela ne part que d'un excès d'amour.
ISIDORE
Si c'est votre façon d'aimer, je vous prié de me haïr.
DON PÈDRE
Vous ét,es aujourd'hui dans une humeur désobligeante; et
' Et:gasle,(1ans Vfieole des Maris, lient le même discours à Valére. Celte idée esl prise de Rabelais :
« Ali tempo, (lit Cai-palins,vquc j'estois ruriien à Orléans, je n'avois coulenr
> de rliétoiique pins valable, ne argument plus persuasif envers les dames pour » les mettre aux coiles, et attirer an jeu d'amour, que vivnmcnt, aperlomont,
> dctestableroent, remontrant comme lenrs maris csioient d'olle<i jaloux. » {Panlajruel, cliap. m.} (Aimé Martin.)