ACTE I, SCÈNE V
CLÉANTE
Je sortois, et j'ai joie à vous voir de retour.
La campagne à présent n'est pas beaucoup fleurie.
OBGON.
(A Clcante.)
Dorine... Mon beau-frère, attendez, je vous prie. Vous voulez bien souffrir, pour m oter de souci, Que je m'informe un peu des nouvelles d'ici.
(A Dorine.)
Tout s'est-il, ces deux jours, passé de bonne sorte? (Ju'est-ce qu'on fait céans? comme est-ce qu'on s'y porto?
DORINE
Madame eut avant-hier la fièvre jusqu'au soir, Avec un mal de tête étrange à concevoir.
ORGON
El Tartuffe?
^DORINE
Tartuffe! il se porte à merveille, Gros et gras, le teint frais, et la bouche vermeille.
•^ORGON
Le pauvre homme ' !
DORINE
Le soir elle eut un grand dégoût, Et ne put, au souper, toucher à rien du tout. Tant sa douleur de tête étoit encor cruelle I
ORGON
Et Tartuffe?
DORINE
Il soupa, lui tout seul, devant elle; Et fort dévotement il mangea deux perdrix, Avec une moitié de gigot en hachis.
OBGON.
Le pauvre homme !
* Un soir, pendant la campagne de 1662, comme Lotiis XIV allait se mettre à lalil<>, il lui arriva de dire a Pcréiixi^, évèquc de Rodez, son ancien précepteur, qu'il lui conseillai! d'en aller faire anlant. Je ue Terai qu'une légère collation, dit le prélat en se retirant, c'est aujourd'hui vigile et jeûne. Celte réponse lit sourire nu courtisan, qui, interrogé pur Louis IIV, répondit que Sa Majesté pouvait se tranquilliser sur io compte de M. de Rodez; après quoi il fit un récit exact da dinrr de Son Excellence, dont le hasard l'avait rendu témoin. A chaque mets exquis que le conteur nommait, Louis XIY s'écriait : Le pauvre homme! prononçant ces roots d'un son de vuix varié qui les rendait plus plaisants. Molière, témoin de cette scène, en Tit usage dans le Tartuffe. { Bret.j