SCÈNE Vil. - ORGON, TARTUFFE
ORGON
Offenser de la sorte une sainte personne !
422 LE TAKTUFFE.
0 ciel! pardonne-lui comme je lui pardonne *.
(A Or^on.)
Si vous pouviez savoir avec quel déplaisir
Je vois qu'envers mon frère on lâche à me noircir !
OBGON.
Hélas!
Le seul penser de celle mgralilude Fait souffrir à mon ame un supplice si rude... IJborreur que j'en conçois... J'ai le cœur si serré Que je ne puis parler, et crois que j'en mourrai.
ORGON, couniQt tout en iannet à la porte par où il a chassé son lits.
Coquin ! je me repens que ma main t'ait fait grâce, Et ne t'ait pas d'abord assommé sur la place.
(A Tartuffe.)
Remellez>vous, mon frère, et ne vous fâchez pas.
Rompons, rompons le cours de ces fâcheux débals. Je regarde céans quels grands Iroubfes j'apporle, Et crois qu'il est besoin, mon frère, que j'en sorte.
ORGON
Comment! vous moquez-vous?
On m'y hait, et je voi Qu on cherche à vous donner des soupçous de ma foi.
Qu'imporle? Voyez-vous que mou cœur les écoule?
' Dans loiiies les éditions de Molière on lit :
G ciel ! pardonne-lui la douleur qu'il me donnel
Vers faii)le, substitué sans doute par néceKité à C(>liii que nous -plaçons aujour* d'Iiui daus le texte, et qui est venu jusqu'à nous par tradition :
G ciel I pardonne-lui comme je lui pardonne! C'est là le véritable vers de Molière. Gn aura accuse Molière d'avoir parodié l'Oraison dominicale^ et il se sera vu obli{;é de remplacer un vers admirable pur un mauvais vers. Ce qui juslilie cette conjecture, c'est que, dans sa prerace, il parle des corrections qu'il a faites^et qui n'ont de rien servi. Plus loin, il ajoutp : 7/ suffit, ce me semble, que j'en aie relrauclié ies (ermex coiuacrés, dont on aurait eu peine à entendre faire mauvais usage. Gr, ce sont ici des termes consacrés, puisque ce sont ceux du Pater. Le changement que j'introduis dans le texte n'est donc qu'une resliluUou, et c'est ainsi qu'on doit imprimer ce passage à l'avenir. (Aimé Martin.)