‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 341 sur 479 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

Le commerce entre nous porteroit du scandale : Dieu sait ce que d'abord tout le monde en croiroil; A pure politique on me Timputeroit:

Et l'on diroit partout quç, me sentant coupable, Je feins, pour qui m'accuse, un zèle charitable ; Que mon cœur Tappréhende, et veut le ménager Pour le pouvoir, sous main, au silence engager.

CLÉANTE

Vous nous payez ici d'excuses colorées; Et toutes vos raisons, monsieur, sont trop tirées. Des intérêts du ciel pourquoi vous chargez-vous? Pour punir le coupable, a-t-il besoin de nous? Laissez-lui, laissez-lui le soin de ses vengeances : Ne songez qu^au pardon qu'il prescrit des offenses. Et ne regardez point aux jugements humains, Quand vous suivez du ciel les ordres souverains. Quoi ! le foible inlétét de ce qu'on pourra croire D'une bonne action empêchera la gloire?

Non, non; faisons toujours ce que le ciel prescrit. Et d'aucun autre soin ne nous brouillons Tespiit.

Je vous ai déjà dit que mon cœur lui pardonne; Et c'est faire, monsieur, ce qne le ciel ordonne : Mais, après le scandale et Taffront d'aujourd'hui, Le ciel n'ordonne pas que je vive avec lui.

fXÉANTE.

lit vous ordonne-t-il, monsieur, d'ouvrir Toreille A ce qu'un pur caprice à son père conseille? Et d'accepter le don qui vous est fait d'un bien Où le droit vous oblige à ne prétendre rien?

Ceux qui me connoilront n'auront pas la pensée

Que ce soit un effet d'une ame intéressée.

Tous les biens de ce monde ont pour moi peu d'appas;

De leur éclat trompeur je ne m'éblouis pas :

Et si je me résous h recevoir du père

Celle donation qu'il a voulu me faire,

Ce n'est, à dire vrai, que parceque je crains

Que tout ce bien ne tombe en de méchantes n^ains;^

Qu'il ne trouve des gens qui, l'ayant en partage,

En fassent dans le monde un criminel usagp,

426 LE TAUTUFFE.

El ne s'en servent pas, ainsi que j'ai dessein, Pour la gloire du ciel et le bien du prochain.

CLÉANTE

Hé 1 monsieur, n'ayez point ces délicates eraintes, Qui d'un juste héritier pement causer les plaintes. Souffrez, sans vous vouloir embarrasser de rien, Qu'il soit, à ses périls, possesseur de son bien; Et songez qu'il vaut mieux eocor qu'il en mésuse. Que si de l'en frustrer il faut qu'on vous accuse. J'admire seulement que, sans confusion.

Vous en ayez souffert la proposition.

Car enfin le vrai zèle a-l-il quelque maxime Qui montre à dépouiller l'héritier légitime? Et, s'il faut que le ciel dans votre cœur ail mis Un invincible obstacle à vivre avec Damis, Ne vaudroit-il pas mieux qu en personne discrète Vous fissiez de céans une honnête retraite, Que de souffiir ainsi, contre toute raison, Qu'on en chasse pour vous le fils de la maison? Croyez-moi, c'est donner de votive prud'hommie. Monsieur...

Il est, monsieur, trois heures et demie : Certain devoir pieux me demande lâ^iaut, El vous m'excuserez de vous quitter si tôt*.

GLÉANTE, »«"•-

Ah!

Page 1