ACTE iV, SCÈNE V
Et Toii ne peut aller jusqu'à vous snlisfaire, Qu'aux dernières faveurs on ne pousse raffaire?
Moins on mérite un bien, moins on Fose espérer. Nos vœux sur des discours ont peine à s'assurer. Oii soupçonne aisément un sort tout plein de gloire, E^ Ton veut en jouir avant que de le croire. Pour moi, qui crois si peu mériter vos bontés, Je doute du bonheur de mes témérités; Et je ne croirai rien, que vous n'ayez, madame, Par des réalités su convaincre tna flamme.
ELMIRE
Mon Dieu! que votre amour en vrai tyran agit!
Et qu'en un trouble étrange il me jette lesprit!
Que sur les cœurs il prend un furieux empire!
Et qu'avec violence il veut ce qu'il désire!
Quoi I de votre poursuite on ne peut se parer,
Et vous ne donnez pas le temps de respirer?
Sied-il bien de tenir une rigueur si grande?
De vouloir sans quartier les choses qu'on demande,
Et d'abuser ainsi, par vos efforts pressants >,
Du foible que pour vous vous voyez qu'ont les gens?
Mais si d'un œil bénin vous voyez mes hommages, Pourquoi m'en refuser d'assurés témoignages?
ELMIRE
Mais comment consentir à ce que vous voulez, Sans offenser le ciel, dont toujours vous parlez?
Si ce n'est que le ciel qu'à mes vœux on oppose, Lever un tel obstacle est à moi peu de chose; Et cela ne doit point retenir votre cœur.
[■LMIRE.
Mais des arrêts du ciel on nous fait tant de peur !
Je puis vous dissipt^r ces craintes ridicules, Madame, et je sais Tart de lever les scrupules. Le ciel défend, de vrai, certains contentements; Mais on trouve avec lui des accommodements^.
' Tak. Et d'abuser ainsi par des efforts pressants.
* C'esl un scélérai qui parle. {Note de Molière.) Il esl probable que l'autour
434 LE TARTUFFi:.
Selon divers besoins, il est une science
D'étendre les liens de notre conscience,
Et de rectifler le mal de Taction
Avec la pureté de notre intention ^
De ces secretS; madame, on saura vous instruire;
Vous n^avez seulement qu'à vous laisser conduire.
Contentez mon désir, et n'ayez point d'efTroi; «
Je vous réponds de tout, et prends le mal sur moi.
(Blinire teuue plut fort.)
Vous toussez fort, madame.
ELMIRE
Oui, je suis au supplice.
Vous platt-il un morceau de ce jus de rég^lisse?
ELMIRE
C'est un rhume obstiné, sans doute ; et je vois bien Que tous les jus du monde ici ne feront rien.
Cela, certe, est fâcheux.
ELMfRE.
Oui, plus qu'on ne peut dir<'.
Enfin votre scrupule est facile à détruire.
Vous êtes assurée ici d'un plein secret,
Et le mal n'est jamais que dans Téclat qu'on fait.
avait cru celte olxervatioo oéeessairc, pour prévenir lot isterpréUilioDS caluiiiuieiiscB de ses eonemis.
' Dans h septième Pfoetnckik, Pascal (tit : c Quand nons ne pouvons pas empêcher l'action, nons purifions au moins Tintmlion ; et ainsi nous corri!>eon« ie vice du moyen |>ar la pureté dtt la fin. » Molière, en écrivant les vers ci-ilessiis s'est évidemment souvenu de Pascal. La plupart des commentateurs ont fait ce rap|irocbement entre les deux écrivains; mais personne, que nons sachions' uVst remonté jusqu'à l'uuleur qui, le premier, a attaqué la doctrine si cloqupin. meut 8tigmali>ée par Pascal. Cet auteur est Mai-biavel. Dans la Mandragote^ le frère Timothce engage une femme marioe à prendre un amant, aliu de (lonnrr un héritier à son mari, et après plusieurs arguments tirés de la situation, il ujoulu : < Quant à l'iiclc en lui-même, c'est un coule de croire que ce soit un péché; car c'est h volonté seule qui pcclie, et non le corps; déplaire.! son mari, xoilà le vrai pêche : nr, vnusi faites ce (|u'il dcsiro, il y trouve sa salis* facl'on, el vous u'aRissez qu'à conlie-cœiir. Ouire cela, c'est la lin qu'il faut considérer en toutes choses : celle que vous vous propf^sez est d'nhtonir nue place en païadls, el deconleuier votic mari. La Bihiedit que les tilles de Loili, se cruyaul restées simiIcs au monde, curent commerce avec leur propre père; et comme elles avaient une Imnne intention, «Iles ne péchèrent poiat.> (la Ifa»droyortf, acte III, scène \i.)