‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 388 sur 479 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

ILCMÈNE.

Que même votre amoar Montra de mon aoeueil une joie incroyable ; Et que, m'ayant quittée à la pointe du jour, Je ne vois pas qu'à ce soudain retour Ma surprise soit si coupable.

AMPHITRYON

Est-ce que du retour que j'ai précipité

Un songe, cette nuit, Aicmène, dans votre aine

A prévenu la vérité?

Et que, m'ayant peut-être en dormant bien traité,

Votre cœur se croit vers ma flamme

Assez amplement acquitté?

ALCMENE.

Est-ce qu'une vapeur, par sa maKc;nilé,

Amphitryon, a, dans votre ame, Du retour d'hier au soir brouillé la vérité? Et que du doui accueil duquel je m'acquittai

Votre cœur prétend à ma flamme

Ravir toute rhonnéteté?

Cette vapeur, dont vous me régalez, Est un peu, ce me semble, étrange.

AfXMÈNE.

C'est ce qu'on peut donner pour change Au songe dont vous me parlez.

AMPHITRYON

A moins d'un songe, on ne peut pas, sans doute, Excuser ce qu'ici votre bouche me dit.

ALCMÈNf.

A moins d'une vapeur qui vous trouble Teaprit, On ne peut pas sauver ce que de vous j'écoute.

AMPHITRYON

frissons un peu cette vapeur, AIcméae.

AIXMÈNE.

Laissons uu peu ce songe, Amphitryon.

AMPHITRYON

Sur le sujet dont il est question Il n'est guère de jeu que trop loin on ne mène.

ALCMÈNE

Sans doute; et, pour marque certaine,

402 AMPHITRYON

Je commence à sentir un peu d'émotion.

AMPHn'RTOIl.

Est-ce donc que par là vous voulez essayer A réparer Taceueil dont je vous ai fait plainte?

ALCMCNE.

Est-ce donc que par cette feinte Vous desirez vous égayer?

AMPHITRYON

Ah ! de grâce, cessons, Alcmène^ je vous prie, Et parlons sérieusement.

ALCMÈNB.

Amphitryon, c'est trop pousser l'amusement; Finissons cette raillerie.

AMPBITRTON.

Quoi t vous osez me soutenir en face Que plus tôt qu^à celte heure on m'ait ici pu voir?

ALCMÈNE

Quoi ! vous voulez nier avec audace ^ue dès hier en ces lieux vous vîntes sur le soir?

AMPHITRYON

Moi ! je vins hier?

ALCMÈNE

Sans doute; et, dès devant Taurore, Vous vous en êtes retourne*

AMPHITRYON, à part.

Ciel ! un pareil débat s'est-il pu voir encore? Et qui de tout ceci ne seroit étonné?

Elle a besoin de six grains d'ellébore; Monsieur, son esprit est tourné.

AMPHITRYON

AIcmène, au nom de tous les dieux, Ce discours a d étranges suites I Reprenez vos sens un peu mieux, Et pensez à ce que vous dites.

ALCMÈNE

J'y pense mûrement aussi; Et tous ceux du logis ont vu votre arrivée. J'ignore quel motif vous fait agir ainsi; Mais si la chose avoit besoin d'être prouvée.

A€TE H, SCëNE II. 495

S'il étoit vrai qu'on pût ne s'en souvenir pas, De qui puis-je lenir, que de vous, la nouvelle

Du dernier de tous vos combats, Et les cinq diamants qne portoit Ptérélas,

Qu*a fait dans la nuit éternelle

Tomber TefTort de votre bras?

Eo pourroit-oo vouloir un plus sûr témoignage?

AMPHITRYON

Quoi I je vous ai déjà donné Le nœud de diamants que j'eus pour mon partage, Et que je vous ai destiné ?

ALCMÈNE

Assurément. Il n'est pas difficile De vous en bien convaincre.

AMPHITRYON

Et comment?

ALCMENE, mootraol le oœud de rliamanli* à sa ceiniufe.

Le voici.

AMPHITRYON

Sosie !

SOSIE, lii-aut de sa poche un coffret.

Elle se moque, et je le tiens ici; Monsieur, la feinte est inutile.

AMPHITRYON, regardant le coffret.

Le cachet est entier*.

ALCMÈNE, présentant à Amphitryon le o«ud de diainanis.

Est-ce une vision?

Tenez. Trouverez-vous cette preuve assez forte ?

AMPHITRYON

Ah ciel ! ô juste ciel !

ALCMÈNE

Allez, Amphitryon, Vous vous moquez d'en user de la sorte ; Et vous en devriez avoir confusion.

AMPHITRYON

Romps vite ce cachet.

SOSIE, ayant ouvert le coffrei.

Ma foi, la place est vide.

11 faut que, par magie, on ait su le tirer. Ou bien que de lui-rcéme il soit venu, sans guide, Vers celle qu'il a su qu'on en vouloit parer.

494 AMPHITRYON

AMPHITRYON, i part.

0 dieux, dont le pouvoir sur les choses préside, Quelle est cette aventure, et qu'en puifr>je augurer Dont mon amour ne s'Intimide?

SOSIE, à Amphitryon.

Si sa bouche dit vrai, nous avons même sort,

Et de même que moi, monsieur, vous êtes double.

AMPHITRYON

Tais-toi.

ALCMÈNE

Sur quoi vous étonner si fort?

Et d'où peut naître ce grand (rouble ?

AMPHITRYON, à part.

0 ciel ! quel étrange embarras !

Je vois des incidents qui passent la nature; Et mon honneur redoute une aventure Que mon esprit ne comprend pas.

ALCMÈNE

Songez-vous, en tenant cette preuve sensible, Â me nier encor votre retour pressé?

AMPHrrRYON.

Non ; mais, à ce retour, daignez, s'il est possible. Me conter ce qui s est passe.

ALCMÈNE

Puisque vous demandez un récit de la chose, Vous voulez dire donc que ce n'étoit pas vous?

AMPHITRYON

Pardonnez-mot ; mats j'ai certaine cause Qui me fait demander ce récit entre nous.

ALCUÈNE.

Les soucis importants qui vous peuvent saisir Vous ont-ils fait si vite en perdre la mémoire?

AMPHITRYON

Peut-être; mais enfin vous me ferez plaisir De m'en dire toute Thistoire.

ALCMÈNE

L'histoire n'est pas longue. A vous je m'avançai.

Pleine d'une aimable surprise ;

Tendrement je vous embrassai, Et témoignai ma joie à plus d'une reprise. ^

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