‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 441 sur 479 · ACTK II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTK II, SCÈNE IV

mouches; et les honnêtes femmes ont des manières qui les savent chasser d'abord.

ANGÉLIQUE

Moi, les chasser! et par quelle raison? Je ne me scandalise point qu'on me trouve bien faite; et cela me fait du plaisir.

Oui ! Mais quel personnage voulez-vous que joue un mari pendant celte galanterie ?

ANGÉLIQUE

Le personnage d'un honnête homme, qui est bien aise de voir sa femme considérée.

GEORGE DANDIN

Je suis votre valet. Ce n'est pas là mon compte; et les Dandins ne sont point accoutumés à cette mode-là.

ANGÉLIQUE

Oh! les Dandins s'y accoutumeront s'ils veulent; car, pour moi, je vous déclare que mon dessein n'est pas de renoncer au monde, et de m'enterrer toute vive dans un mari. Comment! parcequ'un homme s'avise de nous épouser, il faut d'abord que toutes choses soient finies pour nous, et que nous rompions tout commerce avec les vivants ! C^est une chose merveilleuse que cette tyrannie de messieurs les maris ; et je les trouve bons de vouloir qu'on soit morte à tous les divertissements, et qu'on ne vive que pour euxl Je me moque de cela, et ne veux point mourir si jeune.

GEORGE DANDIN

C'est ainsi que vous satisfaites aux engagements de la foi que vous m'avez donnée publiquement?

ANGÉLIQUE

Moi? je ne vous l'ai point donnée de bon cœur, et vous me l'avez arrachée. M'avez-vous, avant le mariage, demandé mon consentement, et si je voulois bien de vous? Vous n'avez consulté, pour cela, que mon père et ma mère; ce sont eux, proprement, qui vous ont épousé, et c'est pourquoi vous ferez bien de vous plaindre toujours à eux des torts que l'on pourra vous faire. Pour moi, qui ne vous ai point dit de vous marier avec moi, et que vous avez prise sans consulter mes sentiments, je prétends n'être point obligée à me soumettre en esclave à vos volontés; et je veux jouir, s'il vous plait, de quelque nombre de beaux jours que m'offre la jeunesse, prendre les douces libertés que l'âge me permet, voir un peu le

558 GEORGE DANDIN

beau inonde, et goûter le plaisir de m'ouïr dire des douceurs. Préparez-vous-y , pour votre punition; et rendez grâces au ciel de ce que je no suis pas capable de quelque chose de pis'.

GEORGE DANDIN

Oui! c'est ainsi que vous le prenez? Je suis votre mari, et je vous dis que je n^en tends pas cela.

ANGÉLIQUE

Moi, je suis votre femme, et je vous dis que je l'entends.

GEORGE DANDIN, à part.

Il me prend des tentations d'accommoder tout son \isage à la compote, et le mettre en état de ne plaire de sa vie aux diseura de fleurettes. Âh l Allons, George Dandin ; je ne pourrois me retenir, et il vaut mieux quitter la place.

SCÈNK V. - ANGÉLIQUE, CLAUDINE,

CLAUDINE

J'avois, madame, impatience qu'il s'en allât, pour vous rendre ce mot de la part que vous savez.

' Le grand écueil du bujelélail le rùlc d'Angélique. Si Molière l'eù( peinte avec les charmes qu'il se plait à répandre sur les jeunes |<ei'S0Dnes qu'il mel en scène, on auraii pu le biàmt r; ma s il suit une route diffi'rente : le parterre n applaudît pas, comme l'avance Rousseau, à rinlWéliié et au njonsonge. Le moment où Angélique auraii pu paraître inléresante est celui où elle répond à George Dandin, qui Un Tail des reproches sur sa conduite, et qui Ini rappelle la foi qu'elle l'ii a juré»- : « Mol, je ne vous l'ai pas donnée «le hou cœur, vous me r«vez arrachée. M'avcz-vous, avant le niariagc, demandé mon consentement, et si je voulois bien de vons? > ici Molière auraii pu seicndre beaucoup, comme on ne manquerait pas de le fuir(> aujourd'hui. Il aurai) pu crésonter Angélique comme une victime de la i)rannie de ses pareut-:, juslilier sa foibicsse, et montrer que des passions fortes sont une excuse suriisauLe pour toutes lesranies; mais il se garde bien d'en agir ainsi : Angélique continue gaiement, dit qu'à son à^e elle veut s'amuser et vivre dans l*' monde; « el rendez grâces an cicli 3Joote-t-clle, de te que je ne suis pas capalle de quelque chnse de pis. > Le reste de son rôle est sur le même ton : elle n'intéresse jamais; et >i l'on rit dos sottises et des humiliations de George Dandiu, on nu peut appl:)udir aux ru>cs de sa femniC. En elTot, ses jtislilicalions u'annonconl ni délicatesse ni esprit; elle profile de la faiblesse de son mari, el de la crédulité de ses parents, pour nier avec impudence des faits avérés : elle ne clierclie pas à tromper Geo.-ge Dandin, eltc ne veut que l'asservir. Comment donc Rousseau a-t-il pu trouver que 1a parterre devait appiiudir i>ue telle femme "> 11 n'a pas senti qui: ce rôle, cbul les didicuilos paraîtraient insurmontables SI le !;(-uie de Molière i^e les ei^i pisapianies, est dans la plus juste mesure, el qu'il ofTre le premier exemple, au iliéAlre, d'une frmme qui trompe un homme sans avoir le public de son côtt*. C'est un etruil de Tart qui ne nous frappe pas assez, parce qu'il paraît reuirer d;jns la nature du sujet. (PeiiiQl.)

Voyons.

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