‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 461 sur 479 · SCÈNE V. — ANGÉLIQUE, CLITANDRE, CLAUDINE, LUBIN, GEORGE DANDIN · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — ANGÉLIQUE, CLITANDRE, CLAUDINE, LUBIN, GEORGE DANDIN

ANGÉLIQUE, à Clitaodre.

Adieu. H est temps de se retirer.

CLITANDRE

Quoi! si tôt?

Nous nous sommes assez entretenus.

CLITANDRE

Ah! madame, puis-je assez vous entretenir, el trouver, en si peu de temps , toutes les paroles dont j'ai besoin? Il me faudroit des journées entières pour me bien expliquer à vous de tout ce que je sens; et je ne vous ai pas dit encore la moindre partie de ce que j*ai à vous dire.

ANGÉLIQUE

Nous en écouterons une autre fois davantage.

CLITANDRE

Hélas! de quel coup me percez-vous l'ame, lorsque vous parlez de vous retirer; et avec combien de chagrin m'allezvous laisser maintenant!

ANGÉLIQUE

Nous trouverons moyen de nous revoir.

CLITANDRE

Oui. Mais je songe qu'en me quittant, vous allez trouver un mari. Cette pensée m'assassine, et les privilèges qu*ont les maris sont des choses cruelles pour un amant qui aime bien. ,

ANGÉLIQUE

Serez-vous assez foibie pour avoir cette inquiétude, et pensez-vous qu'on soit capable d'aimer de certains maris ({n'il y a? On les prend parcequ'on ne s'en peut défendre, et

574 GEORGE DANDIiN.

que Ton dépend de parenU qui n ont des yeai qoe pour le bien ; mais on sait leur rendre justice, et Ton se moque fort de les considérer au delà de ce qulls méritent.

GEORGE DANDIN, * part.

Voilà nos carognes de femmes !

CLITANDRE

Ah! qu'il faut avoupr que celui qu'on yous a donné étoit peu digne de Thonneur qu'il a reçu ; et que c'est une étrange chose que l'assemblage qu'on a fait d'une personne comme vous avec un homme comme luit

GEORGE DANDIN, à part.

Pauvres maris! voilà comme on vous traite.

CLITANDRE

Vous méritez, sans doute, une tout autre destinée; et le ciel ne vous a point faite pour être la femme d'un paysan.

GEORGE DANDIN

Plût au ciel! fût-elle la tienne! tu changerois bien de langage ! Rentrons ; c'en est assez.

(George Dandin, étant reoiré, ferme la porte eo dedans )

Page 1